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Sur la chine


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Pierre-Henri-Stanislas

d’ESCAYRAC de LAUTURE

MÉMOIRES

SUR LA CHINE
Introduction


à partir de :

MÉMOIRES SUR LA CHINE,


par Pierre-Henri-Stanislas d’ESCAYRAC de LAUTURE (1826-1868)
Librairie du Magasin Pittoresque, 29, quai des Grands-Augustins, Paris, 1864. Introduction : 104 pages.

mise en mode texte par

Pierre Palpant

www.chineancienne.fr


TABLE DES MATIÈRES

Préface

Campagne de Pékin. Souvenirs personnels.

Le monde chinois. — Routes de la Chine. — Enseignements du voyage. — Premières études. — Esprit des populations. — Dernière rupture. — Préliminaires de la campagne. — Attaque des forts.— Le peuple et le pays. — Négociations rompues. — Préparatifs de l’ennemi. — Marche en avant. — Mon arrestation. — Transport des prisonniers. — La prison du Cheñ-pou. — Les condamnés. — Le Kao-myao. — Retour au camp. — Derniers combats. — Le palais d’été. — Sort des prisonniers. — Reddition de Pékin. — Retour à Tyen-tsin. — Premiers projets.



Question chinoise.

Empire universel. — Migrations libres. — Paix européenne. — Grande question d’Orient. — Importance de la Chine. — Infériorité des Français. — Régime français. — Devoir du gouvernement. — Diplomatie lointaine. — École asiatique. — Bureau de statistique. — Attitude en Chine. — Ambassades asiatiques. — Réforme politique. — Réforme militaire. — Auxiliaires européens. — Rébellion actuelle. — Neutralité européenne. — Partage proposé. — Indépendance et unité. — Lois de la colonisation. — Établissement en Chine. — Républiques marchandes. — Statu quo. — Missions religieuses. — Conduite de l’Angleterre. — Émigration chinoise. — Unité de politique. — Résumé.



Additions relatives au commerce.

Progrès commercial. — Mouvement de quelques ports. — Cabotage européen. — Télégraphes. — Banques. — Établissements coloniaux.
On ajoute ici, en prologue, le passage concernant la Chine d’une Notice sur les voyages et les travaux de M. le Comte d’Escayrac de Lauture, lue par V.-A. Malte-Brun aux membres de la Société de géographie à la mort du comte, et publiée dans le Bulletin de la Société de géographie de 1869.

... Cependant l’expédition de Chine se préparait ; d’Escayrac reçut de l’Empereur une mission scientifique, et des instructions toutes personnelles lui furent remises à ce sujet. C’est avec joie qu’à la séance du 3 janvier 1860, notre confrère nous annonçait la mesure dont il venait d’être l’objet, et qu’il recevait, à ce propos, nos unanimes félicitations. On connaît le triste épisode dont il fut à la fois le héros et la victime. D’Escayrac qui, avec quelques autres Européens, précédait de quelques heures, sur la route de Péking, l’armée franco-anglaise victorieuse à Tien-sin, tomba victime d’une insigne trahison. Arrêté dans Toung-tcheou, contre le droit des gens, indignement maltraité, garrotté et enchaîné comme un malfaiteur, il fut traîné de prison en prison jusque dans un des bagnes de Péking, et ne dut la vie qu’à la crainte des justes représailles que redoutaient les mandarins chinois de la part de leurs vainqueurs. D’Escayrac, le lendemain de sa délivrance, le corps encore meurtri, les mains mutilées, mais l’âme toujours fière et forte, dicta à son frère, l’un des brillants officiers de notre armée, la relation de sa captivité, et il est impossible de la lire sans commisération pour ses souffrances, sans admiration pour son patriotisme et son courage.

Voulez-vous savoir quel enseignement il avait tiré de ses terribles épreuves ? A quelques mois de là, alors qu’il avait retrouvé patrie, parents et amis, il s’écriait : « Je suis loin aujourd’hui de regretter ces quelques heures d’épreuves, je crois qu’elles m’ont rendu meilleur. Dans la compagnie odieuse qui m’était imposée, comme dans la misère que je subissais, je faisais la cure de l’orgueil. Dans quelque situation que je puisse voir un homme, il me serait difficile de ne pas me rappeler que la misère nous menace tous et que les chaînes vont à toutes les mains. Évidemment l’école par laquelle Cervantes a passé ne saurait être une mauvaise école. »

D’Escayrac n’avait cependant pas oublié le but de sa mission ; il avait rédigé plusieurs mémoires qui furent adressés au gouvernement français. Ses services lui valurent la croix de commandeur de la Légion d’honneur, qui lui fut accordée par l’Empereur quelques jours après sa rentrée en France.

Tout en donnant à sa santé profondément altérée les soins qu’elle réclamait, d’Escayrac se livra avec une nouvelle ardeur à l’étude ; il écrivit d’abord ses Considérations sur le passé et l’avenir de la Chine, et à la séance de la Commission centrale tenue le 4 avril 1862, il donnait verbalement un aperçu des changements survenus depuis les temps historiques dans le cours des deux grands fleuves chinois, le Hoang-ho et le Yang-tsé-kiang ; plus tard, il rédigea ces mêmes observations pour le Bulletin.

Ces travaux n’étaient pourtant que les prémisses d’un ouvrage considérable auquel il consacra les dernières années de sa vie ; je veux parler des Mémoires sur la Chine, qui parurent en 1864 en cinq fascicules in-4°. L’auteur, après avoir, sous forme d’avant-propos, résumé la campagne de Chine et exposé ses souvenirs personnels, traite successivement, dans cet ouvrage : de l’histoire, de la religion, du gouvernement et des coutumes du peuple chinois ; son livre se lit avec plaisir, avec intérêt. « Son style, dit un juge compétent 1, est nourri de faits et de pensées. On pourra trouver parfois les vues de M. d’Escayrac singulières ou hardies, ses assertions bien tranchantes, son scepticisme outré ; mais ces défauts, si on les prend comme tels, ne sont pas d’un esprit commun, et il y a toujours à gagner avec qui nous fait penser, même quand il y a divergence entre ses idées et les nôtres. On trouve d’ailleurs, dans la partie intitulée « Histoire », une suite nombreuse de cartes qui montrent les limites, les grandes divisions et la nomenclature de la Chine, d’époque en époque ; ce travail, qui repose sur une sorte de Kruse ou de Spruner chinois, est beaucoup plus riche en détails que les indications analogues données par Klaproth dans ses tableaux historiques de l’Asie. »

... D’’Escayrac était rentré en Europe avec une santé entièrement ruinée par suite des privations et des mauvais traitements qu’il avait subis pendant sa captivité. Il espéra un instant recouvrer la santé en allant aux eaux ; mais, si l’esprit veillait encore, le corps allait toujours s’affaiblissant ; il se rendit en Italie, dont le climat, plus doux et plus régulier que le nôtre, lui avait été recommandé ; il y resta jusqu’à ce qu’il fût rappelé à Paris par la mort du marquis d’Escayrac, son père. Cette grande douleur qui venait s’ajouter à ses souffrances usa le peu de forces qui lui restaient.

Il s’était rendu, au commencement de septembre de l’année dernière, à Fontainebleau ; entouré de soins de sa famille, il put un instant oublier ses souffrances ; mais la mort était là qui réclamait sa proie, et il expira le 18 décembre 1868, dans les bras de sa mère éplorée. Il venait d’entrer dans sa quarante-troisième année.

PRÉFACE

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p.001 Tant de livres ont été écrits sur la Chine, qu’en en voyant paraître un nouveau il est permis de se demander pourquoi on le publie et quelles choses nouvelles on y peut apprendre.

Répondant à cette question, je dirai d’abord que ce livre ne sera point un journal de voyage : les détails de ma vie m’intéressent peu moi–même ; je n’oserais espérer qu’ils intéressassent les autres. Je présenterai seulement en quelques pages ceux de mes souvenirs qui, par eux-mêmes, peuvent avoir de l’intérêt et faire comprendre mieux le peuple et le pays auxquels nous avons porté la guerre et le progrès.

Je n’entreprends pas non plus un tableau complet de la Chine : la compilation n’est pas mon fait, et le temps m’a manqué de tout apprendre ; l’heure même n’est peut-être pas venue d’entreprendre un si grand ouvrage.

Les matériaux d’une telle encyclopédie gisent épars dans bien des livres : il serait long de nommer tous les hommes savants et dévoués qui les ont amassés pour nous. Il serait injuste cependant de ne pas rappeler au moins quelques–uns de ces noms. J’aurai plus d’une fois, dans mon livre, la satisfaction de pouvoir le faire. Ici, laissant de côté pour un instant un grand nombre d’ouvrages importants publiés en Asie et en Europe par des auteurs isolés, je rappellerai seulement deux œuvres collectives immenses, excellentes, et qui sont les deux grandes sources de notre savoir sur la Chine.

La première de ces œuvres est celle des jésuites, hommes de science, écrivains habiles, naturalisés à la Chine à ce point d’avoir ajouté à ses livres classiques, chargés de dresser les cartes de tout l’empire, répandus sur tous les points, en contact avec toutes les classes, en crédit à la cour, estimés de tous et voyant tout. Cette œuvre comprend les Lettres édifiantes ; divers ouvrages historiques ; l’Atlas des provinces p.002 de la Chine, l’ouvrage le plus considérable en ce genre qu’on ait jamais entrepris, dit d’Anville ; enfin un grand nombre de travaux de toute espèce.

La seconde œuvre collective est le Chinese Repository, publication mensuelle poursuivie à Canton. pendant vingt années, par des agents, des missionnaires, des interprètes et des négociants anglais, américains, et d’autres nations 1.

Le travail des jésuites est élégant, plein de détails précieux, mais souvent superficiel ; il est de son époque, du dix-septième et du dix-huitième siècle.

Le travail des Anglais, entrepris dans des conditions moins favorables, mais poursuivi avec une remarquable ténacité, est souvent plus substantiel et plus profond ; c’est l’œuvre d’un temps plus sérieux, le dix-neuvième siècle.

Le public aborde rarement ces deux collections. La seconde, détruite en partie par divers accidents, est déjà devenue rare ; des exemplaires incomplets se vendent de 800 à 900 francs. Beaucoup de ceux qui ont écrit sur la Chine, même parmi ceux qui y sont allés, même parmi ceux qui y ont longtemps vécu, se sont aperçus de l’ignorance du public, et, avec plus d’habileté que d’honnêteté littéraire, se sont hâtés d’en profiter pour publier à nouveau, sous leur nom, tout ce que d’autres avaient publié déjà. Les ciseaux français se sont promenés sur les Lettres édifiantes, et les jésuites ont eu de nos jours de nouveaux triomphes au profit et sous le nom d’hommes qui n’apportaient à la connaissance de la Chine ni un seul fait, ni une seule idée nouvelle 1.

Des Anglais ont saigné de même le Chinese Repository. Quelques Français ou Anglais, p.003 plus avisés que les autres, ont puisé dans le recueil étranger les matériaux de leur compilation : la source de leur savoir s’est trouvée mieux cachée, et ils ont passé pour plus savants encore que les autres. On en cite même un qui s’est contenté de traduire un livre récent et d’y mettre son nom : cet acte hardi a fait sa fortune. Ainsi de viles contrefaçons, parce qu’elles revenaient de Chine, ont été saluées par une faveur injuste, tandis que des œuvres magistrales, poursuivies en Europe ou en ou en Asie par des savants modestes, restaient sans écho dans le public.

Il y a dans les Lettres édifiantes, le Chinese Repository, et les autres travaux sérieux publiés sur la Chine, tels que ceux de Klaproth et de Rémusat, pour ne citer que les morts, un nombre considérable de mémoires excellents traitant des sujets les plus variés. On peut dire cependant qu’il n’y a pas tout ; que plus d’un sujet n’est qu’à peine effleuré ; que quelques sujets mêmes n’ont encore été abordés par personne. On peut dire encore que la Chine a quelque peu changé depuis les jésuites, et que de récents évènements ont ajouté à ce que les rédacteurs du Chinese Repository, Klaproth, Rémusat et d’autres, avaient pu nous en apprendre.

Combler quelques-unes des principales lacunes laissées dans de précédents p.004 travaux, voilà ce que je me suis proposé de faire : et, sans sortir de ce cadre, j’ai pu aborder la géographie historique, étudier l’administration, décrire la théogonie de la Chine ; enfin, j’ai cru devoir aussi traiter sous une forme entièrement neuve, et en les accompagnant de considérations nouvelles, de la chronologie, de la langue et de quelques autres sujets.

J’ai cherché à rendre simples et faciles des choses qui paraissaient obscures, parce qu’on les avait mal expliquées ; j’ai cherché à faire comprendre la Chine, et à donner à ceux qui déjà la connaissent quelques-uns des détails qui leur manquaient encore. Si les savants nombreux qui, soit en Chine, soit en Europe, poursuivent les mêmes études, jugent mon travail digne d’être regardé comme un supplément des Lettres édifiantes et du Chinese Repository, je me trouverai suffisamment payé de mes fatigues, et je me sentirai fier d’être compté au nombre de ces hommes qui, depuis trois siècles, ont si puissamment et si généreusement servi la science et la civilisation.

J’espère, d’ailleurs, que ce qu’il y aura d’utile et de nouveau dans ce livre me fera pardonner les erreurs qu’on ne manquera pas d’y trouver. Il y a des confusions grossières et parfois inévitables : je n’en citerai qu’un exemple. Dans un excellent ouvrage sur la géographie générale, le gouverneur chinois Su, tout en donnant de l’État de Rhode–Island une bonne description, ne laisse pas que de le confondre avec l’île de Rhodes, et reproche à un écrivain jésuite la crédulité ou la mauvaise foi dont il a fait preuve en publiant la description du fameux colosse, dans lequel Su ne veut voir qu’un phare de construction monumentale.

Il n’y a, sans doute, point lieu de reprocher à un Chinois cette confusion, entraînée par la similitude des noms. et qui aurait pu aller plus loin s’il eût mieux connu notre histoire ancienne, et qu’il eût appliqué aux Carthages, aux Memphis, aux Romes du nouveau monde ce que nos historiens racontent de la Carthage, de la Memphis, de la Rome de l’ancien monde ; mais ce quiproquo nous fait sentir à quoi nous sommes exposés nous–mêmes, nous montre combien nous devons être attentifs quand nous écrivons, méfiants quand nous lisons, indulgents quand nous découvrons et corrigeons quelque faute.

J’ignore quel accueil le public français fera à ce livre, mais je ne solliciterai pour lui ni encouragements, ni souscriptions de l’État : ce qui est utile et bon doit pouvoir s’en passer ; ce qui est inutile et mauvais ne saurait avoir de droits sur le trésor public. Les barbouillages d’un écolier allemand, publiés comme l’histoire d’un peuple américain. condamnent assez ce mécénisme aussi stérile pour la science que dangereux pour sa dignité.

Plus je vis, plus je vois, plus les lois de l’histoire arrivent à se formuler dans mon p.005 esprit et plus la liberté me devient chère. Je regrette de ne pouvoir la nommer que dans un livre écrit sur l’Asie, c’est-à-dire dans un souterrain à l’entrée duquel peu de Français écoutent.

Le fabuliste instruit les hommes en faisant parler les bêtes ; le philosophe et l’historien montrent des hommes au lieu de montrer des bêtes, et leur apologue n’en est que plus instructif. D’autres ont raconté ou raconteront comment la république des Scipions et des Gracques vint s’éteindre dans l’Italie des empereurs et des papes, et comment ni le génie, ni l’audace, ni le dévouement, n’ont pu ranimer encore ces froides cendres. D’autres pourront dire comment, il y a trois siècles, l’Espagne remplissait le monde, dominant la France, supérieure elle-même à l’Angleterre, et comment, par le despotisme intronisé d’une part et brisé de l’autre, c’est–à–dire par l’esprit humain enchaîné au delà des Pyrénées, affranchi et responsable devant lui-même de l’autre côté du détroit, ce rapport s’est si fort changé que l’Espagne a tout perdu et l’Angleterre tout conquis.

Pour moi, je n’ai que la Chine à montrer ; mais nous y trouverons encore quelques leçons : nous y verrons bien des choses qui ne nous sont pas inconnues, et, par les fruits qu’elles ont portés, nous devinerons ce qui nous menace.

 Nous y verrons une doctrine, une philosophie, une littérature officielles, de fallacieux honneurs rendus aux lettres asservies, ces concours et ces examens inconnus dans le pays de Fulton et de Morse, promettant la puissance au seul mérite, et, comme résultat, l’imbécillité triomphante et la décadence précipitée.

Nous y verrons l’égalité sans l’éducation du peuple, le niveau dans l’abîme ; le pauvre consolé seulement de sa bastonnade par la bastonnade que reçoit le riche.

Nous y trouverons une administration innombrable, présente partout, gênante partout, véritable atelier national au profit de la médiocrité paresseuse et servile.

Nous y trouverons un ministre de la musique et point de musiciens, comme d’autre part la première agriculture du monde sans ministre et sans primes.

Ainsi, que nous regardions l’occident ou l’orient, l’oracle nous répond toujours par une même leçon : Rien dans le monde ne vit ou ne se développe que par la liberté.

Avant d’aborder des sujets plus importants, je dirai quelques mots de la campagne de Chine, de ma captivité, de mes études et de mes projets. Je m’y sens encouragé par cette généreuse sympathie que m’ont témoignée l’armée de Chine et mes concitoyens, et dont le souvenir survit chez moi à la mémoire de quelques heures difficiles et de quelques blessures fermées.

Je traiterai ensuite, dans des mémoires qui plus tard seront réunis en volume, mais p.006 devront d’abord être publiés isolément, et chacun d’eux dès que les gravures et les cartes qui s’y rattachent seront prêtes :

De la géographie ancienne, de la chronologie, et des monnaies anciennes.

De la géographie moderne et administrative ; de la langue chinoise, de sa transcription, de sa transmission télégraphique, de son enseignement.

Du gouvernement, de l’administration, des finances, de l’art militaire.

De la religion, des dieux, des prêtres, des fêtes.

De l’industrie, de l’agriculture, des productions diverses de chaque district.

Des mœurs, des cérémonies et divertissements.

S’il m’est donné plus tard de revoir la Chine, ou si j’ai l’occasion de continuer utilement, en Europe, mes études chinoises, je publierai de nouveaux mémoires qui formeront la suite et le complément du travail actuel.

J’ai joint à ce travail beaucoup de cartes, dont les unes sont copiées ou réduites et traduites de cartes chinoises. et dont les autres ont été dressées par moi à l’aide des documents chinois les plus dignes de confiance. Parmi les gravures qui accompagnent le texte, les unes sont le fac-simile de gravures chinoises empruntées à divers ouvrages : les autres sont la reproduction, souvent réduite, de tableaux en ma possession, et de peintures dont j’ai fait surveiller l’exécution au point de vue de l’exactitude des détails de la vie chinoise. Je regrette de n’avoir pas trouvé en Chine des artistes plus habiles et de m’être vu contraint de reculer devant les frais considérables d’une reproduction en couleur, qui eût cependant présenté de grands avantages 1.

J’aurais voulu éviter complètement l’emploi de mots barbares auxquels l’ignorance attribue une certaine couleur locale, mais qui sont étrangers à la langue chinoise, et inintelligibles pour les Chinois encore plus que pour nous-mêmes : tels sont non seulement les mots de mandarin, sapèque, pagode, tael, mais encore ceux de gong, jonque, et bien d’autres dont l’origine est plus cachée et dont l’apparence est plus chinoise. Je pourrai cependant être contraint parfois d’en faire usage, sous peine de n’être point entendu ; je serai de même contraint, pour me conformer à l’usage établi, d’appeler Canton, Pékin, Chang-haï, Hong-kong, Macao, des villes que les Chinois appellent Kwañ-tшeɤ(Kouang-tcheou), Pei-kin, Шañ-xae. Шyañ-kañ (Chiang-kang) et Nñao-mön (Ngao-men). C’est ainsi que nous appelons Regensburg Ratisbonne, et que les Italiens appellent Paris Parigi.

J’éviterai cet autre jargon que des maîtres ont laissé se glisser dans la science, et dont p.007 ceux qui feignent de résoudre l’insoluble éblouissent les profanes. Platon et Montesquieu parlèrent le clair langage de leur pays et de leur temps. Ce qui regarde la philosophie n’a rien de tellement nouveau qu’il faille une langue nouvelle pour en parler.

Les caractères chinois dont l’imprimerie Impériale dispose ne sont pas dignes d’un établissement, et, malgré le zèle d’un personnel très capable, la mise en œuvre de ces caractères est entourée de difficultés et de complications très grandes. L’industrie privée m’aurait offert plus de ressources ; mais, après quelque hésitation, je me suis décidé à réduire dans mon travail le nombre des caractères chinois et à les faire graver.

J’ai adopté une transcription nouvelle des mots chinois, basée sur l’étude phonétique expérimentale d’un grand nombre de langues, plus simple, plus vraie que les transcriptions en usage. Le kwan-xwa (kouan-hoa), ou langue générale et politique de la Chine, ne se prononce point comme il y a un siècle : on parlait alors, même à Pékin, le dialecte du Kyañ-nan (Kyang-nan), qu’on pourrait appeler le dialecte de Wɤ(Wou) : on parle aujourd’hui le dialecte de Wey ou celui de Yen.

Les mots que les anciens jésuites écrivaient avec une h, conformément à la prononciation du temps, qui est encore celle de Chang-haï, ho, hien, se prononcent aujourd’hui, le premier avec une jota espagnole, et l’autre avec un ch français. On peut contester l’existence des consonnes emphatiques th, kh, etc. Ces articulations appartenaient surtout au dialecte de Nankin ; mais il y a quelquefois des combinaisons bizarres, celle de p et de j espagnole, par exemple, dans le mot qui signifie canon, et que j’écris pxao. Morrison dans son Dictionnaire, et Robert Thom dans ses Dialogues, ont omis avec raison les lettres aspirées th, kh, etc. Tch et ky, devant i ou u, se prennent souvent l’un pour l’autre. On prononce Lyeɤ et Leao-tɤn, Fo-kyen et Fɤ–tшeɤ ; Lyeɤ et Leao d’une part, Fo et Fɤ de l’autre, étant le même caractère avec la même valeur. Il existe incontestablement un accent dont la valeur et la position varient suivant les lieux et suivant la position des mots premiers, qui sont loin d’être toujours des monosyllabes 1. Ainsi, l’on prononce peï xo, le fleuve du Nord, trois syllabes avec l’accent sur l’e de pei (prononcez peï), et xo pey, le nord du fleuve, deux syllabes avec l’accent sur l’o (prononcez pey, comme le mot français paye, peille). La prononciation d’un même caractère varie souvent un peu d’après ses associations ou son rôle dans le discours.

p.008 La théorie des tons, que je crois une mauvaise explication de celle des accents 2, a pris naissance et fleuri à Canton ; elle n’est d’aucun usage, au moins pour le kwan-xwa tel qu’on le parle aujourd’hui.

On trouve dans le kwan-xwa les articulations et modulations simples, représentées en français par les lettres F, J 3, K, L, M, N, P, S, T, A, E, O, I, U.

On pourrait y ajouter Z, apparent dans la combinaison transcrite ordinairement SZ ; mais SS paraît plus correct que SZ 4, et une S emphatique serait peut-être encore préférable ;

Et les articulations et modulations simples que je représente par Ш, X, Γ, Ñ, Y, W, Ö, OU, ,

Et qui ne sont autres que :

Ш russe ; en français, ch ; en anglais, sh ; en portugais, x, ch ; sch allemand.

X grec dur, russe et espagnol ; خ arabe ; ch dur allemand, hollandais, écossais ; j espagnole.

Γ grec et russe : gh irlandais ; ﻍ arabe ; r grasseyée ; g dur allemand.

Ñ espagnole : en français, gn ; en portugais, nh et m finale, accompagné dans d’autres langues du son de l’i ou de celui du g.

Y, W, consonnes comme en anglais.

Ö allemand : en français, eu, e muet.

ɤ moldave : en français, ou ; en anglais, oo ; en portugais, u ; u espagnol, italien. etc.

Les voyelles A, E, O, Ö, peuvent être, comme nous disons en français, ouvertes, fermées ou nasales. p.009

Ouvertes, comme dans les mots français : ma, mets, mort, je ;

Et anglais : man, men, more, but.

Fermées, comme dans les mots français : mat, mai, maux, jeu ;

Et anglais : water, way, home ; allemand : Gœthe.

Nasales, comme dans les mots français : pan, pain, pont, un.

Les voyelles A et O sont nasales ou ouvertes et affectées d’une nasalité particulière et traînante, quepeuvent recevoir aussi les voyelles I, O et , lorsqu’elles sont suivies d’une N. Elles sont toujours nasales lorsqu’elles sont suivies de Ñ.

E est nasal dans le mot ШÊN (Chen), de Chen-si, nom de province. On prononce Chain-n-si.

Lorsque deux des quatre voyelles que je viens de citer se suivent, la première est généralement ouverte et la seconde fermée. Les voyelles isolées E, O, Ö, sont ouvertes ou fermées ; A est fermé. Les voyelles redoublées sont habituellement prononcées l’une comme l’autre. Les voyelles suivies de Y, I, , sont généralement ouvertes. Je distinguerai, lorsque cela me paraîtra indispensable, les voyelles ouvertes, fermées et nasales, à l’aide des accents aigu, grave et circonflexe.

Parmi plusieurs combinaisons, on doit remarquer NÑ, convertie quelquefois en W et en Γ, et ΓL analogue à l’L (L barrée) polonaise ; le mot chinois ÖΓL, fils, se prononce à peu près comme le mot turc ﻋﻐﻝ (OΓL), qui a le même sens ; à peu près aussi comme le mot anglais earl (eurl, örl).

Quelques exemples feront comprendre mon système, et montreront en même temps à quelle prononciation correspondent aujourd’hui les lettres employées le plus communément par les transcripteurs français, anglais, portugais. p.010


J’écris

Tr.français

Tr.anglais

Tr.portugais

Prononcés comme le sont ou le seraient en français

Kao



Kwa

Kin


Siñ

Шyen


Tyen

Teñ


Pey

Pei


Шui

Tsɤñ


Mön

Tшen


Nñan

Шan


Föñ

Xân


Xwân

ÖΓL


Wen



fou

ju

kao



koua

kin


sing

hien


tien

teng


pe, peh

pe, peh


chui

tsoung


men

tchen


ngan

chan


foung

han


houan

eul


ouen

vou


foo

kow



kwa

kin


sing

hëen


tëen

teng


pe

pe, pei


shui

tsoong


mun

chen


àn

shan


fong

han


hwan

rï, urh


wen

woo


fu

jue


cou

cua


kin

sim


xien

tien


tem

pe

pe



xoei

çum


men

çen


gan

xan


fom

han


hoan

ell


uen

u


fou

je, jeu


chaos

quoi


quine

signe


chienne 1

tienne


teigne

paye


pè i

chu i


tsougne

meune


tchène

ngnane


champ ne et chàne

fond gne


comme le mot arabe, turc et persan ﺨﺎﻥ qui a le même sens que xan chinois, caravansérail, même caractère que Шeñ et Шiñ (hing), 114e clef
juan 2 (espagnol)

à peu près comme earl 3

when (anglais)

who (anglais)


En recourant à cette transcription, je me suis proposé de représenter la prononciation actuelle correcte du kwan–xwa. J’ai voulu rendre, par un signe simple, chaque articulation ou modulation simple de la voix : j’ai, enfin, choisi les signes dont la valeur me paraissait prêter le moins à l’équivoque. La transcription peut varier : mais, comme la prononciation est une, il faut que l’équivalence de ces transcriptions diverses soit nettement établie. Les signes Ш, Ñ, , etc.. de ma transcription correspondant aux signes ch, ng et ou de la transcription française, je considérerai le mot orthographié ching comme l’équivalent du mot que j’écrirai Шiñ. Je considérerai l’orthographe hing comme vicieuse, mais acceptable cependant encore parce qu’elle est d’un assez ancien emploi et que son équivalence est bien connue de ceux qui entendent la langue chinoise. Toutes les fois, enfin, que cela pourra être utile, je mettrai l’ancienne transcription des mots chinois à côté de celle que j’en donnerai moi-même. Ce livre étant publié en français, ce sera l’ancienne transcription française que j’y ferai figurer dès à présent en regard de la mienne : ma transcription, par raison typographique, sera modifiée dans les notes et explications imprimées en petit texte. Il suffira de se rappeler les équivalences suivantes : CH=Ш, GH=Γ, OU= ; et de plus, au besoin, NG=NÑ et Ñ finale, EU=Ö. Ces équivalences une fois admises, on pourra représenter la prononciation vraie du chinois sans dépasser les ressources ordinaires de la typographie.



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