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André Durand présente le résumé de ‘’À la recherche du temps perdu’’ (1913-1927) roman de Marcel proust


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Albertine disparue

(posthume, 1925)


Roman de 680 pages
«Mademoiselle Albertine est partie ! Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! […] J’avais une telle habitude d’avoir Albertine auprès de moi, et je voyais soudain un nouveau visage de l’Habitude. » constata Marcel.

« Le plus pressé était de lire sa lettre, puisque je voulais aviser aux moyens de la faire revenir. » se dit-il. Elle y écrivait que « la vie étant devenue impossible », il valait mieux qu’ils se quittent « bons amis ».



Il était prêt pour la faire revenir à « donner la moitié de [m]a fortune à Mme Bontemps » (car les Bontemps seraient « des gens véreux qui se servent de leur nièce pour m’extorquer de l’argent »), à « commander le yacht et la Rolls Royce qu’elle désirait », à lui laissser « sa pleine indépendance », à l’épouser, les retards qu’il y avait mis lui paraissant la raison de son départ, à moins qu’elle n’ait été « liée avec Mlle Vinteuil et son amie ». Il se rendait compte que « l’intelligence n’est pas l’instrument le plus subtil, le plus puissant, le plus approprié pour saisir le vrai », Marcel se rendait compte que « l’intelligence n’est pas l’instrument le plus subtil, le plus puissant, le plus approprié pour saisir le vrai », que « pour se représenter une situation inconnue, l’imagination emprunte des éléments connus et, à cause de cela, ne se la représente pas », que « la sensibilité, même la plus physique, reçoit, comme le sillon de la foudre, la signature originale et longtemps indélébile de l’événement nouveau ». Il pensait : « Ce malheur était le plus grand de toute ma vie ». Il se demandait si Albertine avait « prémédité depuis longtemps sa fuite ». Sa décision qu'elle revînt n'empêcha pas sa douleur de renaître. Il avait à « annoncer le malheur qui venait d’arriver à tous ces êtres, à tous ces ‘’moi’’ qui ne le savaient pas encore. » Il fut rassuré quand il apprit qu’elle était partie en Touraine, « chez sa tante où en somme elle était assez surveillée. » Il recueillit dans sa chambre « une petite fille pauvre […] mais bientôt sa présence, en me faisant trop sentir l’absence d’Albertine, me fut insupportableEt je la priai de s’en aller, après lui avoir remis un billet de cinq cents francs.» Il se dit de nouveau qu’« elle n’avait dû partir que pour obtenir de moi de meilleures conditions, plus de libertés, plus de luxe. » Il chargea d'une démarche auprès de Mme Bontemps en Touraine Saint-Loup qui « avait tant d’affection pour moi que la pensée de mes souffrances lui était insupportable. ». Comme son ami ne l’avait qu’entrevue, il lui donna une photographie d'elle qui lui fit dire : « C’est ça la jeune fille que tu aimes? » « d’un ton où l’étonnement était maté par la crainte de me fâcher. » Il lui donna des précisions sur sa mission. À Françoise, il demanda de faire « le lit de Mlle Albertine », mais « elle flairait la brouille ». Bloch vint se vanter d’une « indiscrète démarche » auprès de M. Bontemps, mais ne provoqua ainsi que la colère de Marcel. Il eut à faire face à un autre ennui : une convocation chez le chef de la Sûreté sur la plainte des parents de la petite fille où il reçut un « savon extrêmement violent ». Puis, comme « un inspecteur était venu s’informer si je n’avais pas l’habitude d’avoir des jeunes filles chez moi, que le concierge, croyant qu’on parlait d’Albertine, avait répondu que si, et que, depuis ce moment, la maison semblait surveillée », « que le détournement de mineures pouvait s’appliquer aussi à Albertine », « ma vie me parut barrée de tous les côtés ». Il sentit « la première apparition de cette grande force intermittente, qui allait lutter en moi contre la douleur, contre l’amour, et finirait par en avoir raison » : l’oubli. Pourtant, il constate : « Je pensais tout le temps à Albertine », même son sommeil étant plein d'elle. Un premier télégramme de Saint-Loup recula l'échéance. Il reçut une « lettre de déclaration […] d’une nièce de Mme de Guermantes, qui passait pour la plus jolie jeune fille de Paris », mais, dit-il, c’est « trop douloureux quand on aime ». Pour se délivrer de son amour et de sa souffrance, il essayait de se convaincre que « les liens entre un être et nous n’existent que dans notre pensée. » Arriva un deuxième télégramme de Saint-Loup où il avouait n'avoir pu éviter d'être vu d'Albertine, et que « cela avait fait tout manquer ». Marcel « éclata de fureur et de désespoir », lui télégraphia de revenir. Mais, avant son retour, il reçut un télégramme d'Albertine : « Mon ami, vous avez envoyé votre ami Saint-Loup à ma tante, ce qui était insensé. Mon cher ami, si vous aviez besoin de moi, pourquoi ne pas m’avoir écrit directement? J’aurais été trop heureuse de revenir ; ne recommencez plus ces démarches absurdes. ». Il lui fit une réponse où il repoussait ses avances, se déclarant près de l’oubli, tout en rappelant tout ce qu’il était sur le point de faire pour lui plaire : lui offrir un yacht et une Rolls Royce et même l’épouser, ajoutant dans le post-scriptum qu’imaginer que Saint-Loup pût se trouver en Touraine était « du Sherlock Holmes ».

Mais il reconnaît qu’il pensait le contraire. Réfléchissant sur les effets possibles de cette lettre, il regretta de l'avoir envoyée et redouta le retour d’Albertine. Mais il changea d'avis quand Françoise lui rapporta la lettre « parce qu’elle ne savait pas avec combien de timbres elle devait l’affranchir ». Elle lui avait aussi apporté le journal qui « annonçait la mort de la Berma ». Il se souvint alors de la scène de l’aveu par Phèdre de son amour à Hippolyte, où il voyait une « sorte de prophétie des épisodes amoureux de mon existence ». Au sujet des mensonges de sa lettre, il se dit : « Le temps passe, et peu à peu tout ce qu’on disait par mensonge devient vrai. » Françoise, à qui Marcel demandait de tenir prête la chambre pour « diminuer chez elle le détestable plaisir que lui causait le départ d’Albertine », y trouva deux bagues portant le même aigle et dont le cruel mystère le tortura. Obnubilé par Albertine, il était pourtant incapable de se la « représenter ». Françoise montra sa consternation quand elle lui remit une nouvelle lettre d'elle où elle se disait prête à « décommander la Rolls ». Pour frapper un grand coup, il demanda à Andrée de venir s'installer chez lui, et en informa Albertine. Saint-Loup revint, et il l’entendit, à son insu, prononcer « des paroles machiavéliques et cruelles » (il s’agissait de faire renvoyer un des valets de pied de la duchesse de Gurermantes) alors qu’il l’avait «toujours considéré comme un pêtre si bon, si pitoyable aux malheureux ». Saint-Loup lui fit une reIation de sa démarche, chaque détail le faisant souffrir. Il reçut de Mme Bontemps ce télégramme : « Mon pauvre ami, notre petite Albertine n’est plus, pardonnez-moi de vous dire cette chose affreuse, vous qui l’aimiez tant. Elle a été jetée par son cheval contre un arbre pendant une promenade. Tous nos efforts n’ont pu la ranimer. Que ne suis-je morte à sa place ! » Il fut sous le coup de cette « souffrance inconnue ». Sa mémoire ne fit pas seulement vivre la morte, elle la multiplia. « Tout d’un coup c’était un souvenir que je n’avais pas revu depuis bien longtemps, car il était resté dissous dans la fluide et invisible étendue de ma mémoire, qui se cristallisait. » Il confia à Aimé une enquête sur ce qu'Albertine avait pu faire dans l'établissement de douches de Balbec. Alternaient en lui « de haineux soupçons » et « le souvenir attendri des heures de tendresse confiante avec la sœur que sa mort m’avait réellement fait perdre ». Il regrettait de n'avoir pas cherché « davantage à connaître Albertine en elle-même ». La perte de « tous ces instants si doux » vécus avec celle qui était pas « seulement une femme que j’aimais, mais une femme qui m’aimait, ma sœur, mon enfant, ma tendre maîtresse », était au-delà du désespoir. Il s’attardait sur les hasards auxquels avait tenu son amour malgré son caractère de nécessité. Il se reprochait d’avoir « par ma tendresse uniquement égoïste […] laissé mourir Albertine comme j’avais assassiné ma grand’mère ». Il voyait des « analogies profondes » entre son amour pour Gilberte et son amour pour Albertine, et observait que « à partir d’un certain âge nos amours, nos maîtresses sont filles de notre angoisse », que « ces douloureuses, ces inéluctables vérités qui nous dominaient et pour lesquelles nous étions aveugles, vérités de nos sentiments, vérité de notre destin, combien de fois sans le savoir, sans le vouloir, nous les avions dites en des paroles crues sans doute mensongères par nous mais auxquelles l’événement avait donné après coup leur valeur prophétique ». Il reconnaît que « [s]es curiosités jalouses de ce qu’avait pu faire Albertine étaient infinies », qu’elles lui donnaient « une survie très païenne » La force et l’exigence de son désir faisait coexister la certitude de sa mort et l'espoir de la voir revenir. La lettre d'Aimé lui apporta une souffrance imprévue en confirmant ses soupçons sur les rencontres d'Albertine aux douches. La douleur des images qu'elle suscita modifia la réalité de Balbec qui devint pour lui « l’Enfer ». Mais il ne manqua pas aussi de mettre en doute la vérité des témoignages recueillis par Aimé. S’il prenait un journal, la lecture lui « était insupportable de ces articles écrits par des gens qui n’éprouvaient pas de réelle douleur », qui « remettaient brusquement devant moi, sans que j’eusse eu le temps de me détourner, l’image d’Albertine, et je me remettais à pleurer. ». Il chargea Aimé d’une nouvelle enquête en Touraine. Celui-ci lui envoya une lettre qui lui révélait une Albertine différente de celle qu’il connaissait : elle se baignait souvent dans la mer avec une « petite blanchisseuse », qui « lui faisait des caresses avec sa langue le long du cou et des bras, même sur la plante des pieds », et à laquelle elle disait : « Tu me mets aux anges ». Il se souvint alors d'une peinture d'EIstir « où dans un paysage touffu il y a des femmes nues ». Mais « vint à [s]on secours contre cette image de la blanchisseuse », le souvenir de l'Albertine bonne et douce, et innocente. Il notait : « Mon souvenir […] ne faisait, comme une aurore boréale, que refléter après la mort d’Albertine le sentiment que j’avais eu pour elle, il était comme l’ombre de mon amour. » Le regret qu’il avait d'elle fit naître en lui « le besoin d'une sœur », la décision de se marier, la conviction qu’elle aurait partagé « [s]es amours pour d’autres femmes » ; puis la jalousie renaissait dans des moments où, ne se souvenant plus d’Albertine, il croyait être jaloux d’Andrée : « en somme […] les sentiments que m’avaient laissés Albertine eurent plus de peine à mourir que le souvenir de leur cause première. » Cependant, « un médecin de l’âme qui m’eût visité eût trouvé que mon chagrin allait mieux ». « L’idée qu’Albertine était morte […] avait fini par conquérir en moi la place qu'y occupait récemment encore l’idée de sa vie ». Il se consolait en se disant : « On ne guérit d'une souffrance qu'à condition de l'éprouver pleinement ». Il connaissait encore d’occasionnelles « reprises de mon amour pour Albertine » et de sa souffrance. Andrée lui avoua « le goût qu’elle avait pour les femmes et ses propres relations avec Mlle Vinteuil », mais nia avoir eu des relations charnelles avec Albertine. Il chercha des femmes qu'elle avait pu connaître, fit venir, « dans une maison de passe », « deux petites blanchisseuses d’un quartier où allait souvent Albertine.» Il constata que « cet immense désir que [s]on amour pour Albertine n'avait pu assouvir » commençait à remonter en lui, que « [s]on amour finissant semblait rendre possibles pour [lui] de nouvelles amours » : « Par les jours clairs Paris m’apparaissait innombrablement fleuri de toutes les fillettes, non que je désirais, mais qui plongeaient leurs racines dans l’obscurité du désir et des soirées inconnues d’Albertine. »

« Je ramenais avec moi les filles qui m’eussent le moins plu […] La vie, en me découvrant peu à peu la permanence de nos besoins, m’avait appris que faute d’un être il faut se contenter d’un autre. » Mais c’était en vain : seule Albertine pouvait lui donner le bonheur. Il notait : « Comme il y a une géométrie dans l’espace, il y a une psychologie dans le temps, où les calculs d’une psychologie plane ne seraient plus exacts parce qu’on n’y tiendrait pas compte du Temps et d’une des formes qu’il revêt, l’oubli. » Trois étapes marquèrent son retour à l’indifférence. La première commença lors d’une promenade au Bois un dimanche de Toussaint où il remarqua « un groupe de trois jeunes filles », dont l’une d’elles, quelques jours plus tard, lui lança en passant « un premier regard, puis m’ayant dépassé, et retournant la tête vers moi, un second qui acheva de m'enflammer ». Un concierge lui donna son nom : « Mlle Déporcheville », qu’il rétablit en « d’Éporcheville, c’est-à-dire le nom de la jeune fille d’excellente famille, et apparentée vaguement aux Guermantes, dont Robert m’avait parlé pour l’avoir rencontrée dans une maison de passe ». Cependant, Saint-Loup, à qui il avait télégraphié, lui répondit que celle qu’il avait rencontrée était une « De l’Orgeville […] petite, brune, boulotte, est en ce moment en Suisse. » Marcel regretta : « Ce n’était pas elle. » À son grand étonnement, ‘’Le Figaro’’ publia son article qu’il essaya de lire « non en auteur, mais comme un des lecteurs du journal » qui le trouverait trop long, ne regarderait pas la signature, fabriquerait une autre pensée dans son esprit. Cela l’incita à faire une visite aux Guermantes. En y entrant, il vit « la jeune fille blonde que j’avais crue pendant vingt-quatre heures être celle dont Saint-Loup m’avait parlé » : c'était Mlle de Forcheville, c'est-à-dire Gilberte. Elle était là parce que la duchesse de Guermantes avait changé d'attitude à l'égard de la femme et de la fille de Swann, après la mort de celui-ci ; elle avait rencontré Gilberte à l'Opéra, l’avait reçue, lui avait parlé de son père. Vers cette époque, Forcheville l'avait adoptée. Le duc commença à lire son article. Gilberte, apprenant qu’il s’était appelé le prince des Laumes, se montra « intéressée par tout ce qui touchait des gens qui n’avaient pas voulu lui dire bonjour pendant si longtemps ». Honteuse de ses parents, quand elle avait demandé le nom de son père véritable, « elle avait prononcé au lieu de Souann, Svan, changement qu’elle aperçut un peu après être péjoratif, puisque cela faisait de ce nom d’origine anglaise un nom allemand», et elle se faisait appeler Mlle de Forcheville. « Malgré cela, dans son snobisme il y avait de l’intelligente curiosité de Swann » pour les gens du monde. Quand M. de Guermantes eut terminé la lecture de l’article, « il m’adressa des compliments d’ailleurs mitigésIl regrettait la forme un peu poncive de ce style où il y avait ‘’de l’enflure, des métaphores comme dans la prose démodée de Chateaubriand’’ ; par contre il me félicita sans réserve de ‘’m’occuper’’.» Marcel reçut deux lettres de félicitations, l'une de Mme Goupil, « dame de Combray que je n’avais pas revue depuis tant d’années et à qui, même à Combray, je n’avais pas trois fois adressé la parole», lettre empreinte du « conventionalisme bourgeois » ; l'autre d'un inconnu. Mais Bloch, « dont j’eusse tant aimé savoir ce qu’il pensait de mon article, ne m’écrivit pas » et pas plus Bergotte. Gilberte, « qui aurait dû rajeunir, sinon perpétuer » la mémoire de Swann, « se trouva hâter et consommer l'œuvre de la mort et de l'oubli », et elle la hâta chez Marcel à l'égard d'Albertine. Il sentait croître en lui « l’être nouveau qui supporterait aisément de vivre sans Albertine » ; un nouveau moi, mondain, prit la place de celui qui aimait Albertine. La deuxième étape vers l'indifférence fut franchie, six mois plus tard, grâce à des confidences d’Andrée avec laquelle il avait « de demi-relations charnelles ». Elle lui confia qu'Albertine aimait à prendre du plaisir avec elle, avec des fillettes levées pour elle par Morel à qui elle donnait « la permission d’y prendre aussi son plaisir, car il aimait les petites novices » ; « il eut une fois l’audace d’en mener une, ainsi qu’Albertine, dans une maison de femmes à Couliville, où quatre ou cinq la prirent ensemble ou successivement. » Albertine avait « d’affreux remords » du fait de « cette furieuse envie » : « elle espérait que vous la sauveriez, que vous l’épouseriez. » Mais « elle n’avait pas entièrement renoncé à ses jeux avec moi », confia encore Andrée qui lui révéla la vérité sur le soir où il était rentré avec une branche de seringa : elles étaient ensemble et elles avaient eu « la même idée : faire semblant de craindre l’odeur du seringa ». Mais Marcel se dit encore que cette vérité n’était peut-être qu'un mensonge, tablant sur les diverses natures d'Andrée. Se fiança avec elle un neveu des Verdurin, qui avait été à Balbec un paresseux et un cancre, qui avait habité « deux mois la grande maison de femmes où M. de Charlus avait cru surprendre Morel », qui « fit représenter de petits sketches, dans des décors et avec des costumes de lui, et qui ont amené dans l’art contemporain une révolution au moins égale à celle accomplie par les Ballets russes » mais dont on pensait qu’ils avaient pu être écrits par Andrée ou par un « nègre ». Il allait épouser Andrée, « malgré le désespoir de Rachel dont il ne tint aucun compte ». Marcel se rendit compte que « si je ne croyais plus à l’innocence d’Albertine, c’est que je n’avais déjà plus le besoin, le désir passionné d’y croire. C’est le désir qui engendre la croyance. » La princesse de Parme rendit visite à sa mère. Andrée revint une semaine plus tard, et fournit alors à Marcel une nouvelle explication du départ d'Albertine : « Je crois qu’elle a été forcée de vous quitter par sa tante qui avait des vues sur cette canaille, vous savez, ce jeune homme qui aimait Albertine et l’avait demandée.» Il se dit qu’il y a de nombreuses causes d'une même action, que le mensonge et la douleur dans l'amour enrichissent l'univers de l'intellectuel sensible. Mais il ne comprenait toujours pas mieux pourquoi Albertine l'avait quitté. Andrée lui révéla que, si Albertine avait voulu aller à la matinée Verdurin, elle « ignorait absolument que Mlle Vinteuil dût y venir » ; en fait, Mme Verdurin aurait voulu lui faire rencontrer son prétendant. Andrée dit encore à Marcel que « depuis qu’elle avait eu la fièvre typhoïde […] c’était un vrai cerveau brûlé. » Marcel commente : « Je me disais combien il est difficile de savoir la vérité dans la vie ». Il eut à subir les marques de sympathie sincère pour lui du neveu que les Verdurin voulaient fiancer à Albertine. Il lui semblait possible qu’Albertine ait été sincère.

Il en vint à « la troisième fois où je me souviens d’avoir eu conscience que j’approchais de l'indifférence absolue à l’égard d’Albertine. » Ce fut à Venise où sa mère l’emmena passer quelques semaines. Devant le palais des Doges et son escalier des géants, le baptistère et les fresques de Saint-Marc, longuement contemplées, il goûta des impressions analogues à celles de Combray, mais des impressions urbaines mêlées à des impressions maritimes. Il se livra à « une recherche passionnée » des Vénitiennes, cherchant « des femmes d’un genre populaire, les allumettières, les enfileuses de perles, les travailleuses du verre ou de la dentelle, les petites ouvrières aux grands châles noirs à franges, que rien ne m’empêcherait d’aimer », « des femmes qu’Albertine n’avait pas ». Sa mère invita Mme Sazerat à dîner dans un autre hôtel ; ils y virent une vieille dame en laquelle il reconnut difficilement, sous son bonnet de concierge, la marquise de Villeparisis, en compagnie de son vieil amant, M. de Norpois. Au nom de « Villeparisis », Mme Sazerat sembla sur le point de s'évanouir. « Est-ce que je ne pourrais pas l'apercevoir une seconde?» demanda-t-elle. C'est le rêve de ma vie. » Or, quand Marcel la lui désigna, Mme Sazerat ne put d'abord comprendre que cette « petite bossue, rougeaude, affreuse » n'était autre que la fameuse Mlle de Bouillon, « belle comme un ange, méchante comme un démon », qui, en premières noces duchesse d'Havré, avait rendu fou le père de Mme Sazerat, l'avait ruiné puis abandonné.



Marcel confesse : « Parfois au crépuscule en rentrant à l’hôtel je sentais que l’Albertine d’autrefois, invisible à moi-même, était pourtant enfermée au fond de moi comme aux ‘’plombs’’ d’une Venise intérieure, dont parfois un incident faisait glisser le couvercle durci jusqu’à me donner une ouverture sur ce passé. » Or il reçut ce télégramme : « Mon ami, vous me croyez morte, pardonnez-moi, je suis très vivante, je voudrais vous voir, vous parler mariage, quand revenez-vous? Tendrement, Albertine. » Mais cette nouvelle « ne me causa pas la joie que j’aurais cru. » Le moi qui aimait Albertine était bien mort. « Au matin je rendis la dépêche au portier de l’hôtel en disant qu’on me l’avait remise par erreur», et il décida de faire comme s’il ne l'avait pas reçue. Il sortait dans Venise seul ou avec sa mère, fréquentant Saint-Marc et le baptistère. Ils firent un voyage à Padoue pour voir la chapelle des Giotto. Il demanda à sa mère de remettre de quelques jours leur départ de Venise. Elle refusa, mais il décida de rester. Cependant, comme « l'heure du train s'avançait, ma solitude irrévocable était si prochaine qu’elle me semblait déjà commencée et totale. Car je me sentais seul, les choses m’étaient devenues étrangères, je n’avais plus assez de calme pour sortir de mon cœur palpitant et introduire en elles quelque stabilité. La ville que j’avais devant moi avait cessé d’être Venise. […] Le chant de ‘’Sole mio’’ s’élevait comme une déploration de la Venise que j’avais connue, et semblait prendre à témoin mon malheur. » L’angoisse de la solitude étant insupportable, il s'élança enfin et arriva à la gare à temps pour retrouver sa mère. Dans une lettre, « Gilberte m'annonçait son mariage avec Robert de Saint-Loup. » Le récent télégramme était d'elle, et non d'Albertine, la poste ayant fait une erreur dans la signature. Sa mère lui fit part du mariage, plus étonnant encore, du fils de Cambremer avec Mlle d'Oloron, M. de Charlus ayant donné ce titre à la nièce de Jupien. Marcel observa : « Voilà les Cambremer ancrés dans ce clan des Guermantes où ils n’espéraient pas pouvoir jamais planter leur tente ; de plus, la petite adoptée par M. de Charlus aura beaucoup d’argent, ce qui était indispensable depuis que les Cambremer ont perdu le leur ; et en somme elle est la fille adoptive et, selon les Cambremer, probablement la fille véritable - la fille naturelle - de quelqu’un qu’ils considèrent comme un prince du sang. » Il avait appris (« car je n’avais pu assister à tout cela de Venise ») les vicissitudes des fiançailles de Saint-Loup : la princessse de Silistrie « jeta les hauts cris », « clama que si Saint-Loup épousait la fille d’Odette et d’un juif, il n’y avait plus de faubourg Saint-Germain » ; on fit à Combray des commentaires réprobateurs. Ces deux mariages, « dont nous parlions avec ma mère dans le train qui nous ramenait à Paris », firent éprouver à Marcel « une immense tristesse, comme quand deux parties de votre existence passée, amarrées auprès de vous, et sur lesquelles on fonde peut-être paresseusement au jour le jour, quelque espoir inavoué, s’éloignent définitivement. » Il s’amusa des effets contraires d'un même vice chez Charlus et Legrandin : « Au fur et à mesure que M. de Charlus s’était alourdi et alenti, Legrandin était devenu plus élancé et rapideCette vélocité avait d’ailleurs des raisons psychologiques. Il avait l’habitude d’aller dans certains mauvais lieux où il aimait qu’on le vît ni entrer ni sortir, il s’y engouffrait. ». Lui qui était snob, qui « cultivait des relations aristocratiques », maintenant qu’il avait « une situation mondaine », qu’il était devenu « le comte de Méséglise », cessa d’en profiter. Gilberte, d'abord heureuse de sa situation mondaine, y devint indifférente. Mlle d'Oloron, « déjà atteinte de la fièvre typhoïde le jour du mariage », mourut « quelques semaines après » ; « la lettre de faire-part […] mêlait à des noms comme celui de Jupien presque tous les grands noms de l’Europe », et Marcel s’étend sur les erreurs auxquelles elle pouvait donner lieu, considérant que triomphe finalement des « Muses plus hautes de la philosophie et de l’art » celle de l'Histoire.

Il alla « passer un peu plus tard quelques jours à TansonviIle, parce que j’avais appris que Gilberte était malheureuse, trompée par Robert », qui était épris de Morel qui avait « cherché à désunir le ménage » en y mettant « des ruses diaboliques ». Marcel eut encore une confirmation du fait qu'Albertine aimait les femmes. Il se livra à une interprétation rétrospective d'indices des goûts de Saint-Loup. Il satisfaisait chez Mme de Forcheville « le goût qu’elle avait toujours eu d’être entretenue », et il dépensait aussi beaucoup pour Morel. Marcel se rappelait que « le premier jour où il l’avait aperçu », il lui avait « trouvé un air efféminé qui n’était certes pas l’effet de ce que j’apprenais de lui maintenant, mais de la grâce particulière aux Guermantes», se disait que « son affection pour moi, sa manière tendre, sentimentale de l’exprimer […] signifiait alors tout autre chose […] il était encore plus spécial que je ne l'avais cru. » Cela « ternissait toute notre amitié de Balbec et de Doncières. »

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