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André Durand présente le résumé de ‘’À la recherche du temps perdu’’ (1913-1927) roman de Marcel proust


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Sodome et Gomorrhe’’
Roman de 530 pages
I

(1921)
« On sait que bien avant d’aller ce jour-là (le jour où avait lieu la soirée de la princesse de Guermantes) rendre au duc et à la duchesse la visite que je viens de raconter, j’avais épié leur retour et fait, pendant la durée de mon guet, une découverte, concernant particulièrement M. de Charlus, mais si importante en elle-même que j’ai jusqu’ici, jusqu’au moment de pouvoir lui donner la place et l’étendue voulues, différé de la rapporter. » Le narrateur put alors observer « le petit arbuste de la duchesse », guetter l'arrivée de l'insecte qui, allant de « la fleur mâle » à « la fleur-femme », devait féconder la plante, et se livrer à des réflexions sur les lois du monde végétal. Il entendait Jupien qui se préparait à partir. Soudain, il vit « M. de Charlus, lequel, allant chez Mme de Villeparisis, traversait lentement la cour, bedonnant, vieilli par le plein jour, grisonnant. » Puis il ressortit de chez la marquise et, « ayant soudain largement ouvert ses yeux mi-clos, regardait avec une attention extraordinaire l’ancien giletier sur le seuil de sa boutique, cependant que celui-ci, cloué subitement sur place devant M. de Charlus, enraciné comme une plante, contemplait d’un air émerveillé l’embonpoint du baron vieillissant. » Se déroula alors une scène de double parade amoureuse (« On eût dit deux oiseaux, le mâle et la femelle, le mâle cherchant à s’avancer, la femelle - Jupien - ne répondant plus par aucun signe à ce manège, mais regardant son nouvel ami sans étonnement, avec une fixité inattentive, jugée sans doute plus troublante et seule utile, du moment que le mâle avait fait les premiers pas, et se contentant de lisser ses plumes. »), conjonction aussi providentielle que celle de la fleur et du bourdon. « La porte de la boutique se referma sur eux ». Le narrateur changea alors de place, commit une imprudence et redoubla de précautions. « Au bout d’une demi-heure, M. de Charlus ressortit » et le narrateur entendit la conversation entre les deux hommes, l’un disant : « Vous en avez un gros pétard ! » tandis que l’autre « se servait, avec le giletier, du même langage qu’il eût fait avec des gens du monde de sa coterie, exagérant même ses tics. » Et il lui exposait son besoin de rencontrer de beaux jeunes gens, qu’ils soient du peuple, de la bourgeoisie ou de l’aristocratie, le portrait qu’il fait de l’un d’eux paraissant au narrateur « se rapporter exactement au duc de Châtellerault ». Par cette scène, le vice caché de M. de Charlus devint évident pour le narrateur : « Je comprenais maintenant pourquoi tout à l’heure, quand je l’avais vu sortir de chez Mme de Villeparisis, j’avais pu trouver que M. de Charlus avait l’air d’une femme : c’en était une ! Il appartenanit à la race de ces êtres, moins contradictoires qu’ils n’en ont l’air, dont l’idéal est viril, justement parce que leur tempérament est féminin, et qui sont dans la vie pareils, en apparence seulement, aux autres hommes ; là où chacun porte, inscrite en ces yeux à travers lesquels il voit toutes choses dans l’univers, une silhouette intaillée dans la facette de la prunelle, pour eux ce n’est pas celle d’une nymphe, mais d’un éphèbe. Race sur qui pèse une malédiction et qui doit vivre dans le mensonge et le parjure», qui forme « une franc-maçonnerie », des groupements où les solitaires finissent par se fondre. Il fait un exposé sur les variétés d'invertis, s’arrête aux solitaires. Il voit dans la rencontre dont il avait été le témoin un miracle de la nature parmi d'autres. Il comprend alors la scène que lui avait faite M. de Charlus. Celui-ci devint le protecteur de Jupien, au grand attendrissement de Françoise. Le narrateur revient sur les sodomistes dont trop furent épargnés par « les deux anges placés aux portes de Sodome », la postérité des sodomistes honteux étant trop nombreuse.

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II

(1922)
Chapitre I


Le narrateur n’était « pas pressé d’arriver à cette soirée Guermantes où je n’étais pas certain d’être invité ». Devant l’hôtel, il rencontra quelqu’un qui, plus que lui, avait à craindre l’huissier : le duc de Châtellerault qui, l’avant-veille, l’avait rencontré sur les Champs-Élysées, lui avait fait des faveurs mais sans lui révéler son identité, se prétendant anglais. Le narrateur, lui, était « absorbé dans la contemplation de la maîtresse de maison », la princesse de Guermantes-Bavière qui avait la réputation de donner des réceptions originales, et était toujours craintif. Mais, « au lieu de rester assise comme pour les autres invités, elle se leva, vint à moi », lui tendit la main, « exécuta autour de moi, en me tenant la main, un tournoiement plein de grâce, dans le tourbillon duquel je me sentais emporté. » Dans le jardin, il chercha quelqu'un qui le présentât au prince. Il entendit alors « l’intarissable jacassement de M. de Charlus », mais hésita à s'adresser à lui, craignant qu’il fût fâché contre lui. Le professeur E... s'accrocha à lui, se fit confirmer la mort de sa grand-mère, et continua en lui donnant mécaniquement des conseils. Mais le narrateur préféra plutôt s’intéresser au marquis de Vaugoubert qui « était un des seuls hommes du monde (peut-être le seul) qui se trouvât ce qu’on appelle à Sodome être ‘’en confidences’’ avec M. de Charlus », qui était « passé d’une débauche presque infantile à la continence absolue datant du jour où il avait pensé au quai d’Orsay et voulu faire une grande carrière » qu’il n’avait pu faire. Le narrateur espéra qu'il puisse le présenter au maître de maison, mais il le laissa avec sa femme, une lourde hommasse au laid visage. M. de Charlus, en représentation, saluait les invités en disant leur nom, et « cela faisait un glapissement continu ». Le narrateur crut être sauvé par Mme de Souvré, qui se montra aimable mais sut éviter d’avoir à le présenter au prince de Guermantes. Une dame vint le voir, qui l’appela par son nom alors qu’il ne savait plus le sien qui lui revint enfin : Mme d'Arpajon ; mais elle feignit de ne pas entendre sa demande d'être présenté. Échoua aussi la demande maladroite qu’il fit à M. de Charlus. Enfin, M. de Bréauté l'accueillit avec satisfaction et le présenta au prince qui lui fit un accueil réservé mais simple. Mais il entraîna Swann au fond du jardin, et le narrateur s’y rendit aussi pour « voir le célèbre jet d'eau d'Hubert Robert ». En arrosant Mme d'Arpajon, il provoqua l'hilarité du grand-duc Wladimir. M. de Charlus, « avec son impertinence de grand seigneur et son égaillement d’hystérique » trouva que sa présence était « drôle » et se « mit à pousser des éclats de rire ». Cependant, il put causer avec la princesse jusqu’à ce qu’il fût happé par l'ambassadrice de Turquie qui l’agaçait. Il put enfin s’approcher de la duchesse de Guermantes qui ne cessait de faire briller ses yeux. Le duc et la duchesse semblaient, par toutes leurs actions, dire à chacun de ceux qu’ils rencontraient : « Mais vous êtes notre égal, sinon mieux. » Le narrateur rapporte alors qu’il avait reçu « une leçon qui acheva de m’enseigner, avec la plus parfaite exactitude, l’extension et les limites de certaines formes de l’amabilité aristocratique» : à « une matinée donnée par la duchesse de Montmorency pour la reine d’Angleterre », il avait su faire un salut auquel on ne cessa de trouver « toutes les qualités ». Sans les voir, il entendit M. de Vaugoubert converser avec M. de Charlus, et, « bien que ma découverte du genre de maladie en question datât seulement du jour même », sut reconnaître en eux deux invertis, même si le premier était « incertain ». M. de Charlus assura à M. de Vaugoubert que « l’ambassadeur X… en France, vieux cheval de retour, n’avait pas choisi au hasard ses jeunes secrétaires d’ambassade », que le roi Théodose, dans le pays où était M. de Vaugoubert, avait lui aussi « le genre ‘’ma chère’’ ». Faisant quelques pas avec la duchesse de Guermantes se vit offrir par Mme d’Amoncourt une lettre de D’Annunzio et trois manuscrits d’Ibsen, ce dont le duc « n’était pas enchanté. Incertain si Ibsen ou d’Annunzio étaient morts ou vivants, il voyait déjà des écrivains, des dramaturges allant faire visite à sa femme et la mettant dans leurs ouvrages. » Mme de Saint-Euverte était venue pour assurer le succès de sa garden-party car elle avait réalisé une véritable transmutation de son salon. La duchesse de Guermantes « n’avait pas non plus tant qu’on pourrait croire la liberté de ses bonjours et de ses sourires » ; ainsi, elle les refusa à « une dame à demi tarée et dont la figure était encombrée de trop de grains de poils noirs » et à « une petite dame l’air un peu étrange, dans une robe noire tellement simple qu’on aurait dit une malheureuse » que Basin, son mari, lui dit être Mme de Chaussepierre. Différentes conjectures furent faites au sujet de la conversation de Swann avec le prince de Guermantes. Le duc de Guermantes ne comprenait pas que Swann puisse être dreyfusard, « lui un fin gourmet, un esprit positif, un collectionneur, un amateur de vieux livres, membre du Jockey, un homme entouré de la considération générale, un connaisseur de bonnes adresses qui nous envoyait le meilleur porto qu’on puisse boire, un dilettante, un père de famille. » La duchesse se refusait à faire la connaissance de sa femme et de sa fille. Mme de Lambresac passait en portant un sourire empreint d’une « distinction désuète ». La duchesse de Guermantes annonça qu’elle n'irait pas à la garden-party de Mme de Saint-Euverte, ce qui réjouit M.de Froberville : « Oh ! la pauvre tante Saint-Euverte, elle va en faire une maladie ! Non ! la malheureuse femme ne va pas avoir sa duchesse, quel coup ! mais il y a de quoi la faire crever ! ». La duchesse et le narrateur furent frappés par la beauté des deux fils de Mme de Surgis, la nouvelle maîtresse du duc de Guermantes. Ayant quitté la duchesse, le narrateur fut arrêté par la marquise de Citri à qui « son caractère négateur avait fait prendre les gens du grand monde en une horreur qui n’excluait pas absolument la vie mondaine ». Dans la salle de jeu, il vit M. de Charlus absorbé par la contemplation des jeunes marquis de Surgis. Y entra Swann que tous les regards observèrent pour observer combien il avait changé sous l’action de la maladie, qu’« il était arrivé à ce degré de fatigue où le corps d’un malade n’est plus qu’une cornue où s’observent des réactions chimiques ». Arriva Saint-Loup qui se plaignit que son « conseil de famille, qui s’est toujours montré si sévère pour moi, soit composé précisément des parents qui ont le plus fait la bombe, à commencer par le plus noceur de tous, mon oncle Charlus, qui est mon subrogé tuteur, qui a eu autant de femmes que don Juan, et qui à son âge ne dételle pas », ce qui ne manqua pas d’étonner le narrateur, imbu qu’il était du « secret qu’il avait surpris ». Saint-Loup lui fit même l'éloge des maisons de passe : « Il n’y a là qu’on trouve chaussure à son pied, ce que nous appelons au régiment son gabarit », lui promit de lui en faire connaître une que fréquentaient une Mlle d'Orgeville et la femme de chambre de Mme Putbus. M. de Charlus se fit présenter les deux fils de Mme de Surgis par leur mère. Swann s’étant approché du narrateur et de Saint-Loup leur dit : « Je sais que vous marchez à fond avec nous », mais le militaire déclara avoir changé d'attitude dans l'affaire Dreyfus : « Je suis soldat et avant tout pour l’armée ». Et il les quitta, allant causer avec Mlle d’Ambresac avec laquelle il pourrait se marier. M. de Charlus, qui était avec Mme de Surgis, invita le narrateur à s’asseoir avec eux, et, Mme de Saint-Euverte passant, exerça sa verve insolente contre « cette personne qui, si j’ai bonne mémoire, célébrait son centenaire quand je commençais à aller dans le monde, c’est-à-dire pas chez elle. » Aussi le narrateur prit-il congé et alla retrouver Swann qui lui raconta, avec plusieurs intermèdes et interruptions, sa conversation avec le prince de Guermantes qui lui avait dit en être arrivé à se convaincre de l'innocence de Dreyfus, tandis que, de son côté, la princesse s'en persuadait aussi. Le narrateur constata que « dans l’après-midi, il m’avait dit que les opinions en cette affaire étaient commandées par l’atavisme. » « ll trouvait maintenant indistinctement intelligents tous ceux qui étaient de son opinion, son vieil ami le prince de Guermantes, et mon camarade Bloch qu’il avait tenu à l’écart jusque-là, et qu’il invita à déjeuner. » Son invitation à venir voir Gilberte laissa indifférent le narrateur qui le quitta en lui disant un mot de sa santé ; il lui répondit : « Non, ça ne va pas si mal que ça […] Mais je voudrais bien vivre assez pour voir Dreyfus réhabilité et Picquart colonel. » Le narrateur retourna dans le grand salon, auprès de la princesse de Guermantes pour se rendre compte qu’elle avait un sentiment secret pour M. de Charlus. Mais il dut la quitter devant rentrer avec les Guermantes, le duc disant au revoir à son frère avec attendrissement car il avait eu des bontés pour les deux fils de sa maîtresse, lui rappelant des souvenirs d’enfance mais ajoutant : « Ah ! tu as été un type spécial, car on peut dire qu’en rien tu n’as jamais eu les goûts de tout le monde… », avant de se rendre compte de sa gaffe. Au moment du départ, la duchesse fut admirée : « Droite, isolée, ayant à ses côtés son mari et moi, la duchesse se tenait à gauche de l’escalier, déjà enveloppée dans son manteau à la Tiepolo, le col enserré dans le fermoir de rubis, dévorée des yeux par des femmes, des hommes, qui cherchaient à surprendre le secret de son élégance et de sa beauté. » Montait l’escalier Mme d'Orvillers qui venait « faire une visite au Prince et à la Princesse , rien que pour eux, par sympathie ». La duchesse salua encore Mme de Gallardon avec laquelle pourtant on disait qu’elle était en froid. Dans le coupé des Guermantes, le narrateur pensait à cette « jeune fille de grande naissance qui allait dans une maison de passe et à la femme de chambre de la baronne de Putbus » dont lui avait parlé Saint-Loup, donc « deux beautés possédables ». Aussi demanda-t-il à la duchesse de l’introduire dans le salon de la baronne Putbus, ce qu’elle refusa : « Ah ! non, çà , par exemple, je crois que vous vous fichez de moi. Je ne sais même pas par quel hasard je sais le nom de ce chameau. Mais c’est la lie de la société. C’est comme si vous me demandiez de vous présenter à ma mercière. Et encore, non, car ma mercière est charmante. Vous êtes un peu fou, mon pauvre petit.» Les Guermantes l’invitent à aller avec eux à une « redoute » (fête costumée), mais il tenait au rendez-vous avec Albertine. Les Guermantes furent à leur porte prévenus de la mort de leur cousin, Amanien d'Osmond. Mais le duc répondit : « Il est mort ! Mais non, on exagère, on exagère ! » et ils se dépêchèrent de mettre leurs costumes. Rentré chez lui, le narrateur apprit qu’Albertine n'était pas arrivée. Françoise était avec sa fille qui, parlant l’argot parisien et sa mère lui ayant appris qu’il venait de chez une princesse, lui dit : « Ah ! sans doute une princesse à la noix de coco» tandis que, pour le retard d’Albertine, elle statua : « Je crois que vous pouvez l’attendre à perpète. Elle ne viendra plus. Ah ! nos gigolettes d’aujourd’hui ! » Aussi le narrateur se lance-t-il dans des considérations de géographie linguistique. Il épia la porte de l’appartement, et l'irritation de cette attente tourna à l'anxiété. Albertine lui téléphona pour se décommander, et à la fois il lui fit des reproches et joua la comédie de l’indifférence. En fait, il était bien soumis à « ce terrible besoin d'un être » qu’il avait eu pour sa mère et qu’il avait maintenant pour Albertine. Enfin, au petit matin, elle fut là. Mais, à son entrée, il fit semblant d’être contraint d’écrire et, à sa question, répondit que c’était à « une jolie amie à moi, à Gilberte Swann» . Ils se donnèrent des baisers, burent de l’orangeade, et elle partit. Il écrivit ensuite à Gilberte Swann, sans rien de l'émotion d'autrefois. Au même moment, M. de Guermantes, à peine rentré de la redoute, « songeait que le lendemain il serait bien forcé d’être officiellement en deuil, et décida d’avancer de huit jours la cure d’eaux qu’il devait faire. Quand il en revint trois semaines après », il était converti au dreyfusisme ; il l’avait été par « une princesse italienne et ses deux belles-sœurs », des « femmes d’une intellectualité supérieure » qui avaient fait preuve d’« une grande finesse de dialectique ». Le narrateur ne vit « plus de quelque temps Albertine, mais continua, à défaut de Mme de Guermantes qui ne parlait plus à mon imagination, à voir d'autres fées et leurs demeures ». D’où des considérations sur l’évolution des salons du fait du « goût de la nouveauté », « chaque époque se trouvant ainsi personnifiée dans des femmes nouvelles », comme la princesse Yourbeletieff qui faisait la promotion des ‘’Ballets russes’’, comme Mme Verdurin qui était passée par « différents avatars » mais avait alors un « salon dreyfusien », comme Mme Swann dont le salon antidreyfusard s’était « cristallisé autour d’un homme, d’un mourant, qui avait presque d’un coup passé, aux moments où son talent s’épuisait, de l’obscurité à la grande gloire » : Bergotte dont la répétition générale d’une de ses pièces fut « un vrai coup de théâtre » : on vit, à côté de Mme Swann, Mme de Marsantes et celle qui « était en train de devenir la lionne, la reine du temps, la comtesse Molé » tandis que Bergotte était entouré du prince d’Agrigente, du comte Louis de Turenne et du marquis de Bréauté. « De sorte que Mme Swann pouvait croire que c’était par snobisme que je me rapprochais de sa fille» à laquelle « un oncle de Swann venait de laisser près de quatre-vingts millions », « ce qui faisait que le faubourg Saint-Germain commençait à penser à elle ». Swann était mécontent de voir Odette se « faire présenter à des antisémites », mais elle n’en avait que plus de succès auprès des aristocrates. Le narrateur aimait bien aller dans le salon de Mme de Montmorency, non pas, comme le croyait la duchesse de Guermantes, « pour ‘’prendre des notes’’ et ‘’faire une étude’’ », mais pour « une statuette qu’on disait de Falconet » qui le faisait « penser à un petit jardinier en plâtre qu’il y avait dans un jardin de Combray », pour « le grand escalier humide et sonore », « les vases remplis de cinéraires » et « surtout le tintement de la sonnette, qui était exactement celui de la chambre d’Eulalie. »
Les intermittences du cœur
Le narrateur fit un second séjour à Balbec. Il fut accueilli par le directeur du Grand-Hôtel qui commettait encore plus de cuirs. Il espérait rencontrer, chez les Verdurin qui avaient « loué pour toute la saison un des châteaux de Mme de Cambremer » et qui y avaient invité Mme Putbus, la « camériste » de celle-ci, ainsi que de « belles inconnues ». « Bouleversement de toute ma personne » signale soudain le narrateur : alors qu’il souffrait « d’une crise de fatigue cardiaque », lui fut restituée la présence vivante de sa grand-mère morte car, depuis son décès un an auparavant, c’était la première fois qu’il repensait à elle avec authenticité, se souvenant, en délaçant ses bottines, de « ce soir lointain où elle m’avait déshabillé à mon arrivée à Balbec ». En même temps, il découvrit qu’il l'avait perdue, et pour toujours. Il eut des remords des chagrins qu’il lui avait causés. Il fit un rêve où il se souvint avoir oublié de lui écrire. Le directeur lui remit « un petit mot d’Albertine » : elle était à « une station voisine » ; mais il ne voulait « voir personne ». Il refusa une invitation de Mme de Cambremer. Il se rendit compte que son chagrin était pourtant moins profond que celui de sa mère, à l’arrivée de laquelle il fut frappé par sa ressemblance avec sa grand-mère. Sa mère rencontra « une dame de Combray suivie de ses deux filles », Mme Poussin, dont les ridicules revinrent à la mémoire du narrateur. Pendant que sa mère lisait sur la plage, il restait seul dans sa chambre. Elle voulut qu’il sortît, mais il souffrait trop des souvenirs qui lui venaient alors. Il remarqua un nouveau chasseur à la porte de l'hôtel qui « ne savait qu’ôter et remettre sa casquette » et, méditant sur le personnel de l’hôtel, il pensa à des vers des chœurs d'’’Athalie’’. Il remontait à sa chambre pour être de nouveau en proie à la cruelle pitié des souvenirs qui lui revenaient de sa grand-mère en contemplant la photographie d’elle que Saint-Loup avait prise. Mais, se disant qu’il ne pouvait pas partager ces souvenirs avec elle, sa pensée glisssa vers Albertine que sa mère lui avait demandé de voir. Quand Françoise vint lui annoncer sa visite, elle vit la photographie et lui apprit que sa grand-mère était alors déjà malade mais qu’elle lui avait demandé de ne pas le lui dire. Le directeur lui apprit qu’elle avait subi des syncopes. Il fit un nouveau rêve sur elle, mais s'habitua au triste souvenir. Enfin, il se décida à faire venir Albertine que, brusquement, il désirait revoir, qui lui annonça qu’elle n’allait pas rester longtemps à Balbec qui, pour elle, n’était pas « folichon ». Après l’avoir accompagnée chez elle, il se promena seul, et fut ébloui par les pommiers en fleurs.

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Chapitre II
Le narrateur craignit « que le plaisir trouvé dans cette promenade solitaire affaiblit en moi le souvenir de ma grand’mère », mais il dut admettre que son « chagrin de sa mort diminuait ». Il était incapable « d’éprouver à nouveau un désir physique », mais Albertine recommença à lui inspirer « comme un désir de bonheur ». Il alla la chercher à Égreville en prenant « le petit chemin de fer d’intérêt local », mais y sentit un retour inopiné de son chagrin et renonça à son projet. À son retour, on lui remit un faire-part des Cambremer où figurait « tout le ban et l’arrière-ban des nobles de la région ». On lui signala une dame qu’on prit pour la princesse de Parme. Comme il ne voulait pas rester seul, il demanda à Françoise « d’aller chercher Albertine pour qu’elle vînt passer la fin de l’après-midi avec moi. » Mais il sentit déjà qu’allait commencer « la douloureuse et perpétuelle méfiance que devait m’inspirer Albertine, à plus forte raison le caractère particulier, surtout gomorrhéen, que devait revêtir cette méfiance » car, à certains moments, elle semblait lui échapper. Quand elle arriva, elle était trop triste et il la renvoya. Il observa la dame qu’on prenait pour la princesse de Parme. Albertine lui ayant donné les noms et les adresses de ses amies pour qu’il puisse la retrouver, il noua avec elle des « liens de fleur » et calcula que « dans cette seule saison, douze me donnèrent leurs frêles faveurs ». Cependant, comme il ne pouvait se passer d'elle, il envoya la chercher le « lift » dont il commenta les manières et le langage. Comme le « lift » ne l’avait pas trouvée à Égreville, sa « cruelle méfiance à l'égard d'Albertine » ne fut pas encore suscitée. Mais elle le fut « quelques semaines plus tard » du fait d’« une remarque de Cottard » qui l’observait tandis qu'au casino d’Incarville elle dansait avec Andrée, qu’elle la tenait étroitement serrée : « Les parents sont bien imprudents qui laissent leurs filles prendre de pareilles habitudes […] Elles sont certainement au comble de la jouissance. On ne sait pas assez que c’est surtout par les seins que les femmes l’éprouvent. Et, voyez, les leurs se touchent complètement. » Un autre soir où le « lift » alla la chercher, Albertine ne vint pas. « Encore une fois, je fus agité tout entier par la curiosité douloureuse pour sa vie secrète ». Il en vint à soupçonner que sa « frivolité n'était qu'une apparence ». Mais elle lui « faisait les protestations de tendresse les plus passionnées ». Et, quand il lui proposa de l'accompagner, il parvint à lui faire sacrifier sa visite à une dame d'Infreville. Comme ils se disputèrent, qu’elle le trouva « trop méchant » et menaça de se jeter dans la mer, il commenta : « Comme Sapho » et elle s’insurgea : « Encore une insulte de plus ; vous n’avez pas seulement des doutes sur ce que je dis, mais sur ce que je fais.» Cependant, il remarqua qu’au casino de Balbec elle avait été intéressée par deux jeunes filles, la sœur et la cousine de Bloch, que, pourtant, elle prétendit ne pas avoir vues. À la suite de la remarque de Cottard, il éprouva à son égard de « la colère », non sans des trêves puis des retours de soupçons. « Je pensai alors à tout ce que j’avais appris de l’amour de Swann pour Odette, de la façon dont Swann avait été joué toute sa vie. Au fond, si je veux y penser, l’hypothèse qui me fit peu à peu construire tout le caractère d’Albertine et interpréter douloureusement chaque moment d’une vie que je ne pouvais pas contrôler tout entière, ce fut le souvenir, l’idée fixe du caractère de Mme Swann, tel qu’on m’avait raconté qu’il était. » Un jour, le « lift » vint lui annoncer la visite de « la marquise de Camembert » : c’était Mme de Cambremer dont le narrateur se plaît à décrire l’invraisemblable attirail. Il lui présenta Albertine et ses amies. La belle-fille de Mme de Cambremer qui l’accompagnait, « si glaciale avec les petits nobliaux », lui « tendit la main avec un sourire rayonnant » car elle le savait lié aux Guermantes. Mme de Cambremer, étant très fière de son nom, on s’attarda à des curiosités étymologiques. Ayant des partis pris esthétiques et faisant preuve de snobisme, elle affichait une grande admiration pour Monet, Degas, Manet, mais considérait Poussin comme « le plus barbifiant des raseurs », ce qui inspire au narrateur des considérations sur l’évolution des théories artistiques. Il s’intéresse aussi à la prononciation « Ch'nouville » pour « Chenouville » qu’avaient adoptée les Cambremer et Mme de Cambremer qui avait perdu le souvenir d'être née Legrandin. Enfin, les dames de Cambremer s’en allèrent. Albertine monta avec le narrateur dans sa chambre. Le « lift » montrait un « air d'abattement et d'inquiétude » causé par l’absence du pourboire habituel. Aussi le narrateur expose-t-il l’attitude du personnel de l'hôtel face à l'argent. Une fois seuls, Albertine se plaignant de son hostilité, il prétendit éprouver une « grande passion » pour Andrée. Albertine lui accorda alors l'heure qu'elle aurait dû passer sans lui. Il nia avoir eu des relations avec Andrée. Ils se réconcilièrent et se donnèrent des caresses. « Tranquillisé par mon explication avec Albertine, je recommençai à vivre davantage auprès de ma mère. » Puis il fit de nouveau des promenade avec Albertine, tout en éprouvant de brefs désirs d'autres jeunes filles qu’il envisageait d’emmener « dans l’avenue des Tamaris, ou dans les dunes, mieux encore sur la falaise », mais devait admettre qu’« entre mon désir et l’action que serait ma demande de l’embrasser, il y avait tout le ‘’blanc’’ indéfini de l’hésitation, de la timidité». En même temps, l’arrivée d’une nouvelle jeune fille excitait sa jalousie et il cherchait à éloigner Albertine. Celle-ci et Andrée calculèrent leurs paroles en vue de « calmer mes absurdes soupçons ». Un scandale fut provoqué à l'hôtel par la sœur de Bloch et une actrice qui avaient « des relations secrètes ». Il fut étouffé par la protection de M. Nissim Bernard qui fréquentait l'hôtel parce qu’il y entretenait un jeune commis. Le narrateur, quant à lui, s’était « lié d’une amitié très vive quoique très pure» avec deux jeunes « courrières », Mlle Marie Gineste et Mme Céleste Albaret ; elles l’étonnaient : « Je n’ai jamais connu de personnes aussi volontairement ignorantes, qui n’avaient absolument rien appris à l’école, et dont le langage eût pourtant quelque chose de si littéraire que, sans le naturel presque sauvage de leur ton, on aurait cru leurs paroles affectées », et elles le charmaient à la fois par leurs reproches et leurs flatteries. Il soupçonna de nouveau des mœurs « gomorrhéennes » à Albertine, du fait de l’arrivée d’une inconnue, « une belle jeune femme élancée et pâle » qui « ne cessait de poser sur Albertine les feux alternés et tournants de ses regards ». Mais l’inconnue s’intéressa plutôt à la cousine de Bloch. Pour le rassurer, Albertine se montrait froide avec les jeunes femmes et même impolie avec une amie de sa tante, mais il se méfiait de cet « excès de froideur et d’insignifiance ». Et le narrateur annonce : « Au reste, ma jalousie causée par les femmes qu’aimait peut-être Albertine allait brusquement cesser. »
Le narrateur et Albertine virent à la gare M. Nissim Bernard qui avait « l’œil poché » car, s’étant intéressé à un garçon qui « ne détestait pas condescendre aux goûts de certains messieurs » mais avait un jumeau (ils se ressemblaient comme deux tomates) qui « se plaisait avec frénésie à faire exclusivement les délices des dames », il s’était, un jour, trompé de garçon ! Le narrateur et Albertine allaient à Doncières. Dans leur compartiment, se trouvait une grosse dame vulgaire et prétentieuse. À Doncières, la jalousie du narrateur fut excitée par l’attitude d’Albertine à l'égard de Saint-Loup ; elle « ne faisait plus attention qu’à lui », riait avec lui « de son rire tentateur », « lui parlait avec volubilité », « jouait avec le chien qu’il avait et, tout en agaçant la bête, frôlait exprès son maître ». À la gare, il vit passer M. de Charlus qui avait bien vieilli : « Maintenant, dans un complet de voyage clair qui le faisait paraître plus gros, en marche et se dandinant, balançant un ventre qui bedonnait et un derrière presque symbolique, la cruauté du grand jour décomposait, sur les lèvres, en fard, en poudre de riz fixée par le cold cream sur le bout du nez, en noir sur les moustaches teintes dont la couleur d’ébène contrastait avec les cheveux grisonnants, tout ce qui aux lumières eût semblé l’animation du teint chez un être encore jeune. » Le baron lui demanda de vouloir bien appeler un militaire qui était dans la musique du régiment : c’était Morel duquel Charlus exigea qu’il lui fît « entendre ce soir un peu de musique ». Revenu auprès d’Albertine, le narrateur médita sur les changements de nos perspectives sur les êtres au fil du temps.

Le surlendemain, il prit le petit train, « pour aller dîner à la Raspelière », chez Mme Verdurin. Montèrent successivement des « habitués» : Cottard, Ski, Brichot, Saniette, la princesse Sherbatoff. Par leurs propos, le narrateur constata que « les Verdurin commençaient vers le monde une évolution timide, ralentie par l’affaire Dreyfus, accélérée par la musique ‘’nouvelle’’». Monta aussi « une splendide jeune fille qui, malheureusement, ne faisait pas partie du petit groupe. Je ne pouvais détacher mes yeux de sa chair de magnolia, de ses yeux noirs, de la construction admirable et haute de ses formes. » Mme Verdurin avait invité les Cambremer de qui elle était locataire. Avant leur arrivée, les fidèles rivalisèrent de suppositions à leur égard. Brichot fit des commentaires sur les noms de lieux et leur étymologie. Le narrateur reconnut dans la princesse Sherbatoff la grosse dame vulgaire de l'autre jour. On donna la nouvelle de la mort de Dechambre, l'ancien pianiste favori de Mme Verdurin, mais « presque comme tous les gens du monde », elle ne pensait plus à ses fidèles dès qu’ils étaient morts. Le narrateur admira la beauté du paysage qu’on voyait depuis la maison, beauté à laquelle les Verdurin étaient indifférents. Dechambre était déjà renié au profit de Morel, qui devait venir avec M. de Charlus dont les moeurs étaient mieux connues des « habitués» que du faubourg Saint-Germain, encore qu’on le confondît « avec un comte Leblois de Charlus, qui n’avait même pas la moindre parenté avec lui, ou extrêmement lointaine, et qui avait été arrêté, peut-être par erreur, dans une descente de police restée fameuse. » Entrèrent Morel et M. de Charlus, la nature féminine de celui-ci apparaissant alors évidente, au point qu’il « eût mérité l’épithète de ‘’lady-like’’ ». Très déférent à son égard, Morel demanda au narrateur de « cacher entièrement à Mme Verdurin et à ses invités le genre de profession que mon père a exercé chez son oncle. » Mais il se montra impoli une fois qu'il eût obtenu satisfaction. Arrivèrent les Cambremer, lui vulgairement laid, elle hautaine et morose jusqu’au moment où elle vit le baron auquel elle n’avait jamais pu être présentée. Mme Verdurin s’inquiéta du protocole à respecter. Les Cambremer appréciaient que Mme Verdurin n’ait pas tout bouleversé dans le château, mais leur jardinier « gémissait sous le joug des Verdurin ». Cottard regardant M. de Charlus avec insistance pour nouer une conversation avec lui, celui-ci vit en lui un « pareil à lui » et lui montra donc la dureté des invertis pour ceux à qui ils plaisent ; mais son « discernement divin lui montra au bout d’un instant que Cottard n’était pas de sa sorte et qu’il n’avait à craindre ses avances ni pour lui-même, ce qui n’eût fait que l’exaspérer, ni pour Morel, ce qui lui eût paru plus grave. » Au cours du repas, dans l’entrelacement des conversations toujours aussi oiseuses entre les membres du clan, il fut question, par Brichot, du nom du bois de Chantepie et de diverses étymologies. Mme de Cambremer, qui « adorait la musique », voulut que le narrateur lui présentât le violoniste. M. de Cambremer s'intéressa aux « étouffements » du narrateur. Celui-ci se rappela que sa mère lui avait indiqué « que c’était un milieu qui n’aurait pas plus à mon grand-père » et qu’elle ne voyait pas d’un bon œil son mariage possible avec Albertine. Mme de Cambremer lui parla de Saint-Loup et de « son mariage avec la nièce de la princesse de Guermantes ». Mme Verdurin asséna à Mme de Cambremer : « Ce n’est pas de la musiquette qu’on fait ici», ce qui permit à la marquise de trouver « touchant » que M. de Charlus protégeât un violoniste. Était présent aussi « un convive que j’ai oublié de citer » confesse le narrateur, un philosophe norvégien qui commença à interroger Brichot sur sa science linguistique, mais fut interrompu brutalement par Mme Verdurin. À son habitude, M. Verdurin tortura Saniette. Il fut question d’EIstir. À la fin du repas, M. de Verdurin fit à M. de Charlus des excuses pour une faute de protocole qu’avait faite sa femme : « Excusez-moi de vous parler de ces riens, car je suppose bien le peu de cas que vous en faites. Les esprits bourgeois y font attention, mais les autres, les artistes, les gens qui en sont vraiment, s’en fichent. Or dès les premiers mots que nous avons échangés, j’ai compris que vous en étiez ! M. de Charlus, qui donnait à cette locution un sens fort différent, eut un haut-le-corps ». Dans le jardin, Mme Verdurin montra au narrateur « de grosses et magnifiques roses d'Elstir », lui demandant : « Croyez-vous qu’il aurait encore assez de patte pour attraper ça? » M. de Charlus souligna un geste de politesse esquissé par M. de Cambremer. Celui-ci remit au narrateur une lettre de Mme de Cambremer douairière où elle l’invitait à dîner et où il remarqua qu’elle respectait la vieille règle des trois adjectifs. M. de Charlus déclara que, « héraldiquement parlant », il avait droit au rang d'Altesse et que l’empereur Guillaume lui donnait « du Monseigneur », illustrant ses prétentions avec des anecdotes historiques. Le narrateur, disant à Mme Verdurin que Brichot l’avait « beaucoup intéressé », l’entendit lui en parler avec moquerie. Elle exigea de Morel un peu de violon, M. de Charlus l’accompagnant alors « avec le style le plus pur » pour le dernier morceau de la sonate pour piano et violon de Fauré, ce qui fit songer le narrateur aux qualités que son vice ajoutait à sa nature Guermantes. Le narrateur ayant réclamé « du Franck » Mme de Cambremer manifesta son snobisme musical en demandant ‘’Fêtes’’ de Debussy. Brichot, exalté, se lança dans de grandes déclarations contre le nombrilisme, contre les tendances littéraires à la mode (ceci en regardant le narrateur), au nom du patriotisme. À la question de Mme Verdurin : « Est-ce que vous comptez rester longtemps sur la côte? » M. de Charlus déclara vouloir rester jusqu’à la fête de l'archange saint Michel, son patron. Alors qu’une partie d’écarté avait commencé, il fut révélé à M. de Cambremer que Cottard était en fait « un professeur illustre » qui, son épouse s’étant laissée aller à la somnolence, se lança dans un cours sur les somnifères. Mme Verdurin ayant demandé à M. de Cambremer : « Qu’est-ce que c’est que cette affaire-là avec ces piquets? », apprit que c’étaient les armes des Arrachepel « qui n’étaient pas de notre estoc, mais de qui nous avons hérité la maison ». Des rafraîchissements furent servis. Alors qu’on lui proposait de l’orangeade, M. de Charlus, « avec un sourire gracieux, sur un ton cristallin qu’il avait rarement et avec mille moues de la bouche et déhanchements de la taille » révéla son secret en exprimant sa préférence pour « la fraisette ». À Mme Verdurin, qui lui demandait : « Vous n’auriez pas dans votre faubourg quelque vieux noble ruiné qui pourrait me servir de concierge? », il répondit, n’ayant rien perdu de son insolence habituelle : « ‘’Mais si… mais si… , mais je ne vous le conseille pas. Je craindrais pour vous que les visiteurs élégants n’allassent pas plus loin que la loge’’. Ce fut entre eux la première escarmouche. » Mme Verdurin invita le narrateur à venir au prochain mercredi avec sa « cousine», et lui proposa même de s'établir à demeure chez elle avec elle. M. Verdurin eut une nouvelle rage contre Saniette. La soirée prit fin. Cottard eut encore le temps de se moquer de son confrère du Boulbon. M. de Cambremer tint à donner « la pièce » au cocher des Verdurin. L'au-revoir de Mme de Cambremer : « Contente d’avoir passé la soirée avec vous ; amitiés à Saint-Loup », déplut au narrateur, d’autant plus qu’elle prononçait « Saint-Loupe ».

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Chapitre III
Au retour de cette soirée, le narrateur fut « monté en ascenseur jusqu’à mon étage non par le liftier mais par le chasseur louche » dont il eut à subir le bavardage. Il entra dans le sommeil, qui lui inspire de longues réflexions. Il fut réveillé par le valet de chambre. Il aurait voulu raconter à sa mère que M. de Charlus avait dîné au Grand Hôtel avec un valet de pied de madame de Chevigny, qui « fit homme du monde aux yeux des touristes» mais qui déçut le baron parce qu’il était trop efféminé, qu’il en avait espéré un autre, « une espèce de paysan fort rustaud », qui fut reconnu comme un des leurs par les domestiques. Le maître d’hôtel, Aimé, prétendait ne pas connaître Charlus, mais il avait reçu de lui une lettre étrange, « exemple de folie unilatérale chez un homme intelligent s’adressant à un imbécile sensé » où, alléguant sa ressemblance parfaite avec un ami décédé, il lui demandait de venir jouer aux cartes avec lui et lui reprochait de s’y être soustrait plusieurs fois. Tous les soirs, le narrateur faisait des promenades en automobile avec Albertine à laquelle il offrit non seulement une toque et un voile mais une automobile, engin dont il observe qu’il supprime les distances et modifie même l'art « puisqu’un village, qui semblait dans un autre monde que tel autre, devient son voisin dans un paysage dont les dimensions sont changées. » Ils rendirent visite aux Verdurin. De la terrasse de la Raspelière, ils purent « regarder le paquebot de Jersey » et apprécier la beauté des « vues». Ils goûtèrent le charme de la mondanité à la campagne où « on ne se gêne pas ». Pour rester seul avec Albertine, le narrateur refusa, non sans impolitesse, que les Verdurin reviennent avec eux. Deux ans plus tard, le narrateur allait apprendre que le chauffeur, parmi ses autres clients, avait aussi M. de Charlus et Morel, et que celui-ci, « chargé de le payer, faisait tripler et quintupler le nombre des kilomètres et gardait une partie de l’argent pour lui ». Ils allaient ainsi déjeuner dans un des restaurants de la côte où les projets cyniques de celui qu’il appelait Charlie, qui avait un « air de fille au milieu de sa mâle beauté », donnaient au baron un plaisir sensuel. Mais, aux bontés de celui-ci, il répondait par une dureté croissante. « Quand Albertine trouvait plus sage de rester à Saint-Jean-de-la-Haise pour peindre », le narrateur prenait l’auto, mais sa pensée était tout occupée par elle, comme elle l’avait été par Gilberte, par Mlle de Stermaria ou par la duchesse de Guermantes, ce qui l’amenait à se dire qu’il y avait « une sorte de ligne que suivait mon caractère », à se demander : pourquoi tout sacrifier à des « fantômes »?, à se dire que mieux vaudrait se « mettre enfin au travail ». Il retrouvait Albertine devant une petite église normande qu’elle peignait en « imitant Elstir ». Ils s’arrêtaient près de paysans auxquels ils achetaient du calvados ou du cidre, et ils repartaient « continuer cette vie d’amants qu’ils pouvaient supposer que nous avions ». Après avoir bu, Albertine changeait de personnalité, se tenait contre lui : « Quel plaisir de la sentir contre moi, avec son écharpe et sa toque, me rappelant que c’est toujours, côte à côte, qu’on rencontre ceux qui s’aiment ! J’avais peut-être de l’amour pour Albertine, mais n’osais pas le lui laisser apercevoir, si bien que, s’il existait en moi, ce ne pouvait être que comme une vérité sans valeur jusqu’à ce qu’on eût pu la contrôler par l’expérience ; or il me semblait irréalisable et hors du plan de ma vie. Quant à ma jalousie, elle me poussait à quitter le moins possible Albertine, bien que je susse qu’elle ne guérirait tout à fait qu’en me séparant d’elle à jamais.» Elle fut ainsi suscitée par le garçon du restaurant de Rivebelle, « jeune dieu courant » qu’elle regarda « avec des yeux agrandis ». Il goûtait un calme provisoire dans des promenades solitaires. Sa mère lui reprocha ses dépenses et ses sorties avec Albertine, mais cela eut pour effet que « ma vie avec Albertine, vie dénuée de grands plaisirs […], cette vie que je comptais changer d’un jour à l’autre […] me redevint tout d’un coup pour un temps nécessaire. » Il avait avec elle des rendez-vous du soir où, s’étant étendu avec elle sur le sable, sous une couverture, il tenait son corps serré contre le sien, et ils écoutaient la mer. Puis il la ramenait chez elle et rentrait, « gorgé d’une provision de baisers longue à épuiser ». Mais chaque matin, il ressentait l’inquiétude de l’entendre dire « qu’elle n’était pas libre ce jour-là ». Il espaça ses autres relations : avec Saint-Loup, avec Saniette. Un jour, le « lift » lui parla d’un « monsieur » qui était venu pour lui ; or c’était son chauffeur, et ainsi le « lift » lui donna cette « leçon de mots » : « un ouvrier est tout aussi bien un monsieur que ne l’est un homme du monde ». Sa compagnie ayant fait cesser les services du chauffeur, le narrateur fut incité à fixer la date où prendrait fin « cette vie à laquelle je reprochais de me faire renoncer, non pas tant au travail qu’au plaisir. » Ce « désir d’évasion » fut accentué un jour où il allait à cheval voir les Verdurin par une belle route sauvage quand il fut survolé par un de ces « aéroplanes qui étaient encore rares à cette époque ». Par des machinations, Morel arriva à faire congédier le cocher des Verdurin et à le faire remplacer immédiatement par son ami et complice, le chauffeur. Le narrateur remarqua que Morel se montra plus favorable à son égard, mais n’en considérait pas moins que son caractère était composite et qu’y dominait la laideur, la vénalité (il « mettait l’argent au-dessus de tout »).

Il fut sensible au charme, dans « l'été finissant », des préparatifs, puis d’un voyage nocturne vers la Raspelière, avec Albertine. Dans le petit train, ils trouvèrent M. de Charlus qui était devenu un nouvel habitué des Verdurin, « le fidèle des fidèles », les autres le rejoignant. Ainsi la princesse Sherbatoff dont le narrateur constata qu’elle le battait froid depuis que, un jour où il se trouvait avec elle dans le train, monta dans le wagon Mme de Villeparisis, « amie de ma grand-mère » qu’il se reprochait de n’être pas allée voir et avec laquelle il causa assez longtemps, sans pourtant quitter la princesse. Un grand musicien, venu chez les Verdurin, permit à M. de Charlus d’assister à « différentes séances privées, répétitions, etc., où jouait » Morel ; n’ignorant rien des relations entre les deux hommes, il en parla ouvertement, se moquant des «commérages » (le narrateur trouvant au « potin » une valeur psychologique). M. de Charlus ne voyait pas les sentiments véritables des Verdurin à son égard. « Quand il parlait de son admiration pour la beauté de Morel comme si elle n’eût eu aucun rapport avec un goût appelé vice, il traitait de ce vice, mais comme s’il n’avait été nullement le sien ». Ainsi, il discuta avec Brichot de la relation pédérastique entre Carlos Herrera et Rastignac puis Lucien de Rubempré, Cottard se permettant des intrusions. Mais, en présence de Morel, il resta très discret sur ce sujet, en déclarant : « Je crois qu’il serait temps de parler de choses qui puissent intéresser cette jeune fille », le narrateur comprenant bien que, pour lui, « la jeune fille était non pas Albertine mais Morel ». La toilette d'Albertine, que le narrateur avait choisie en s’inspirant « du goût qu’elle s’était formé grâce à Elstir », fut appréciée de M. de Charlus. Morel marqua son admiration pour le grand-oncle du narrateur et son hôtel du « 40 bis». M. de Charlus parla au narrateur de la nouvelle de Balzac, ‘’Les secrets de la princesse de Cadignan’’, et s’écria : « Comme c’est profond, comme c’est douloureux, cette mauvaise réputation de Diane qui craint tant que l’homme qu’elle aime ne l’apprenne !» Car, s’identifiant à la princesse, il était inquiet de voir compromises sa relation avec Morel comme la carrière de ce violoniste en vue, « ne voulant pas se priver du plaisir qu’il avait, lors de certains grands concerts, à se dire : ‘’Celui qu’on acclame en ce moment sera chez moi cette nuit.’’ » Le narrateur observa : « Morel me sentant sans méchanceté pour lui, sincèrement attaché à M. de Charlus, et d’autre part d’une indifférence physique absolue à l’égard de tous les deux, finit par manifester à mon endroit des sentiments de chaleureuse sympathie », cette conduite lui rappelant celle de Rachel. Et, entre les deux hommes, « il n’y avait pas moins d’orages qu’entre Robert et Rachel. » Morel montrait « parallèlement à sa bassesse de nature » « une neurasthénie compliquée de mauvaise éducation ». Ainsi, M. de Charlus connut une forte déception un jour où Morel refusa de rester avec lui : le narrateur vit « des larmes faire fondre le fard de ses cils, tandis qu’il restait hébété. » Il combina un duel fictif pour que le narrateur le lui fasse ramener. Morel obtint enfin qu'il y renonce. Cottard, d’abord témoin effrayé, fut « désappointé » quand on lui apprit que « l’incident était considéré comme clos ». Morel continuait à faire des demandes d’argent à M. de Charlus. Et ils continuaient à se déchirer dans des scènes provoquées souvent par le souci que le violoniste avait de donner des leçons pour gagner un peu d’argent ou de suivre des cours d’algèbre jusqu’à des heures tardives, alors que le baron voulait lui donner tout celui dont il pouvait avoir besoin. L’une de ces scènes eut lieu au ‘’Palace’’ de Maineville qui était « une maison de prostitution » où le prince de Guermantes avait donné à Morel un rendez-vous dont Charlus eut vent : il fit venir Jupien pour qu’il obtienne qu’on les cachât et qu’ils puissent ainsi assister à la scène. Mais Morel, qui était « avec trois dames », ayant été prévenu que « deux messieurs avaient payé fort cher pour le voir », resta « paralysé par la stupeur » quand il vit le baron. Toutefois, le lendemain, il se rendit à un autre rendez-vous donné par le prince de Guermantes dans la villa qu’il habitait ; cette fois, il vit une photographie de Charlus et, « fou de terreur », s’enfuit. Le narrateur rencontra le comte de Crécy, et, comme celui-ci était « réduit à une vie extrêmement modeste, presque misérable », il lui offrit des dîners, mais ne lui dit pas que Mme Swann était connue sous le nom d'Odette de Crécy. Le narrateur rencontrait aussi M. de Chevregny, qui était un provincial féru de Paris. Il rapporte encore que « les relations des Cambremer ne tardèrent pas à être moins parfaites avec Mme Verdurin » qui avait contre eux des griefs. Elle fit cesser les visites à Féterne, chez les Cambremer, de Brichot qui était amoureux en secret de Mme de Cambremer. Les Cambremer ne purent avoir M. de Charlus au dîner qu'ils donnèrent à M. et à Mme Féré, et en accusèrent les Verdurin. Ils donnèrent de fausses raisons de leur brouille avec eux. Le narrateur appréciait les trajets en chemin de fer le long de la côte car ils mêlaient les plaisirs de l'imagination à ceux de la sociabilité. Mais, en réveillant en lui « le désir de faire des voyages, de mener une vie nouvelle », ils lui firent souhaiter rompre avec Albertine. Pourtant, quand se présenta Saint-Loup, il la tint « prisonnière sous mon regard, d’ailleurs inutilement vigilant ». Quand Bloch lui demanda de venir saluer son père, comme il « souffrait trop de laisser Albertine dans le train avec Saint-Loup », il refusa et fut traité de « snob ». Charlus montra de l’intérêt pour Bloch et, comme le narrateur lui indiqua que « les bureaux de son père étaient rue des Blancs-Manteaux », il s’écria : « Quel sacrilège ! Pensez que ces Blancs-Manteaux pollués par M. Bloch étaient ceux des frères mendiants, dits serfs de la Sainte-Vierge, que saint Louis établit là. […] Il y a une rue dont le nom m’échappe, et qui est tout entière concédée aux Juifs ; il y a des caractères hébreux sur les boutiques, des fabriques de pain azymes, des boucheries juives, c’est tout à fait la ‘’Judengasse’’ de Paris. C’est là que M. Bloch aurait dû demeurer. » Quant à Morel, il pensait que Bloch « voudrait me prendre ma place. C’est bien d’un youpin ! » Mais le narrateur constatait qu’au fil de ces trajets, l'accoutumance et les relations de société avaient vidé de leur mystère et de leur poésie tous les lieux. Les Cambremer, qui s’étaient tout à fait brouillés avec les Verdurin, voulaient « l’enlever pour le garder quelques jours à Féterne», mais il allégua une nouvelle crise d’étouffements. Ces trajets lui permettaient « de ne plus voir les choses qu’au point de vue pratique. Le mariage avec Albertine m'apparaissait comme une folie. »

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Chapitre IV
Le narrateur se disposait à rompre avec Albertine, quand, au retour de la Raspelière, dans le petit train, elle lui révéla qu'elle connaissait intimement Mlle Vinteuil et son amie. Cela ressuscita en lui le souvenir de « cette fin de journée lointaine à Montjouvain où, caché derrière un buisson […] j’avais dangereusement laissé s’élargir en moi la voie funeste et destinée à être douloureuse du Savoir ». Pourtant, quand le train arriva à Parville et qu’elle s’apprêta à descendre, il « la tira désespérément par le bras » et la ramena avec lui. Comme il lui fit donner une chambre située à un autre étage, il fut dans sa propre chambre soumis à la désolation solitaire jusqu'au lever du jour. Il était maintenant convaincu qu’elle avait été pervertie par Mlle Vinteuil. Il lui prétendit l’avoir fait venir à Balbec parce que, pour elle, il avait « quitté une femme que j’ai dû épouser, qui était prête à tout abandonner pour moi », qu’il était « si malheureux que j’ai cru que je me tuerais ». Aussi le consola-t-elle, déclarant : « J’avais bien senti que vous étiez nerveux et triste », alors que lui se disait qu’il n’avait ressenti que « l’ennui de vivre encore quelques jours avec elle. » Sa jalousie étant fixée sur Mlle Vinteuil, le vice d’Albertine « maintenant ne faisait pas de doute pour moi », il voulut qu'elle l'accompagnât à Paris. Elle lui opposa d’abord des objections, puis prit la brusque décision de l’y accompagner le jour même. Ce départ brusqué eut bien des effets autour du narrateur qui observait que la vérité de l'amour, comme celle de la créature aimée, est en nous et non hors de nous. À sa « maman », qui doit le quitter pour se rendre à Combray, il dit : « Il faut absolument que j'épouse Albertine ».

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