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André Durand présente le résumé de ‘’À la recherche du temps perdu’’ (1913-1927) roman de Marcel proust


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Le côté de Guermantes

(1920)
Roman de 588 pages


I

À Paris, le narrateur, ses parents et Françoise se sont installés dans un « appartement qui dépendait de l'hôtel de Guermantes ». Or, pour le narrateur, depuis son enfance, « les Noms », noms de ville ou de pays, noms de familles anciennes mêlées à tout un passé historique ou architectural, avaient un pouvoir évocateur et magique. Fasciné en particulier par celui de Guermantes, « race altière » dont la « tour jaunissante et fleuronnée […] s’élevait déjà sur la France » au haut Moyen-Âge, il voulait à tout prix savoir quelle réalité mystérieuse se cachait derrière lui. La duchesse Oriane de Guermantes était une femme aux « yeux ensoleillés d’un sourire bleu », « élégante et encore jeune ». Son mari, Basin, avant d’être duc de Guermantes, avait porté le titre de prince des Laumes ; il avait pour frère le baron de Charlus. Quant à la princesse de Guermantes, elle était, pour parler comme Françoise, « la femme du cousin de M. le Duc ». Mais les rêves poétiques dont l’imagination du narrateur emplissait le nom de Guermantes en avaient été chassés l'un après l'autre. Françoise, elle, était intéressée par la duchesse, entretenait des relations avec son jeune valet de pied et le valet de chambre. Dans la cour vivait aussi ce Jupien déjà rencontré à Balbec qui était devenu « employé dans un ministère ». Il avait avec lui sa nièce qui était couturière. Le nom de Guermantes ne pouvait plus représenter pour le narrateur un hôtel seigneurial ; du moins, par un nouvel effort de son imagination, s'emplit-il d'un nouveau mystère, celui du faubourg Saint-Germain dont le paillasson du vestibule des Guermantes lui paraissait le seuil. M. de Guermantes noua des relations cordiales avec le père du narrateur. À celui-ci, Mme de Villeparisis « avait fait demander par ma grand-mère d’aller la voir, et, sachant que j’avais eu l’intention de faire de la littérature, avait ajouté que je rencontrerais chez elle des écrivains ». Mais il souhaitait surtout y voir la duchese de Guermantes. Il apprit d’ailleurs que les Guermantes allaient à l’Opéra, aux « soirées d'abonnement de la princesse de Parme ». Très épris de théâtre, il put y aller lui-même, la Berma donnant à nouveau un acte de ‘’Phèdre’’ dans une soirée de gala, mais il n'attendait plus d'elle la révélation de la réalité entrevue par son imagination. En montant le grand escalier, il remarqua un homme qu’il prit d’abord pour M. de Charlus, puis dont il se demanda s’il n’était pas le prince de Saxe. Il y avait dans la salle « des snobs ou des curieux qui voulaient contempler des gens qu’ils n’auraient pas d’autre occasion de voir de près », le faubourg Saint-Germain étant dans les loges et les baignoires où le narrateur voyait des grottes marines recelant des « déesses des eaux », des « néréides » et des « tritons barbus ». Cependant, l’acte de ‘’Phèdre’’ commença, et le narrateur constata : « Le talent de la Berma qui m’avait fui quand je cherchais si avidement à en saisir l’essence, maintenant, après ces années d’oubli, dans cette heure d’indifférence, s’imposait avec la force de l’évidence, à mon admiration. » ; il n’était pas extérieur au rôle qu'elle jouait, « il ne faisait qu'un avec lui ». Il lui parut impossible de rattacher à une idée abstraite, à une notion conventionnelle (beauté, amour), la nouveauté d'une impression particulière. Il se demanda si « ce génie dont l’interprétation de la Berma n’était seulement que la révélation était uniquement le génie de Racine ». Mais elle joua ensuite dans une pièce moderne où « elle fut aussi sublime que dans ‘’Phèdre’’ ». Il en était donc pour elle de même que pour EIstir qui « avait trouvé le motif de deux tableaux qui se valent, dans un bâtiment scolaire sans caractère et dans une cathédrale qui est, par elle-même, un chef-d’œuvre. ». La duchesse de Guermantes vint saluer la princesse de Guermantes, et ce nom se para pour le narrateur de nouveaux charmes. À côté d’elle, Madame de Cambremer ressemblait « à quelque pensionnaire provinciale, montée sur fil de fer, droite, sèche et pointue, un plumet de corbillard verticlement dressé dans les cheveux». De loin, la duchesse ayant adressé un gracieux sourire au narrateur, il se prit pour elle d'un amour de tête.

Se disant : « J’aimais vraiment Mme de Guermantes », il s’employa, dès lors, à la voir passer, nota ainsi « les apparitions successives de visages différents ». Françoise lui apprit bien qu’elle était excédée de le rencontrer tous les jours, mais il ne pouvait le voir par l’air qu’elle avait sur son visage car ses sentiments étaient impénétrables. Il décida d'aller rendre visite à Saint-Loup, le neveu de la duchesse, dans sa garnison de Doncières, espérant pouvoir grâce à lui approcher d’elle. À Doncières, il découvrit le quartier de cavalerie. Mais Saint-Loup ne « pourrait pas sortir avant huit jours », ne pourrait rester auprès de celui qu’il appelait « mon pauvre petiot ». Il lui laissa la chambre qu’il avait en ville où il fut impressionné par les bruits comme par le silence. Et, « dès le second jour, il me fallut aller coucher à l'hôtel » où, après une exploration minutieuse, il eut malgré tout du mal à trouver le sommeil, car sa qualité dépend des circonstances dans lesquelles on se trouve. Il alla « souvent voir le régiment faire du service en campagne ». Il se rendit compte du prestige dont jouissait Saint-Loup. Il parcourait les rues de Doncières, le soir, dînait à la pension de Saint-Loup. Il lui demanda de parler de lui à sa tante, Mme de Guermantes. Pour sa plus grande fierté, Saint-Loup voulut le faire briller devant ses camarades. Il démentit le bruit de ses fiançailles avec Mlle d'Ambresac. Il était préoccupé par l'affaire Dreyfus, mais « il en parlait peu parce que seul de sa table il était dreyfusard ». Il était sensible à la beauté de l'art militaire. Le narrateur se montra sensible à la « beauté esthétique » [sic] de l’art militaire.

Le narrateur regrettait beaucoup Mme de Guermantes qu’il n’avait pas vue depuis quatorze jours, et voyait dans ce sentiment particulier une petite partie de l'universel amour. Il apprit qu’une querelle avait éclaté entre Saint-Loup et sa maîtresse qui « était de mauvaise humeur, trépignait, pleurait pour des raisons incompréhensibles », que son ami souffrait de cette brouille et bientôt de ce qu’il crut être leur rupture. Mais elle demanda à Saint-Loup de consentir à lui pardonner, ce qui fit « qu’il vit tous les inconvénients d’un rapprochement ». Cependant, il lui trouvait des excuses : « Elle est violente seulement parce qu’elle est trop franche, trop entière dans ses sentiments. Mais c’est un être sublime. » Et il pensait pouvoir faire avec elle un voyage à Bruges. Le narrateur, lui, ne pensait toujours qu’à Mme de Guermantes, et trouva un prétexte pour obtenir de Saint-Loup de le faire accéder à elle : « Elle a chez elle au moins un très beau tableau d’Elstir. » Le coiffeur du prince de Borodino, qui était le capitaine de Saint-Loup, obtint pour lui une permission. Le narrateur oubliait sa grand-mère, et Saint-Loup l’obligea à lui aller lui parler au téléphone qui « n’était pas encore à cette époque d’un usage aussi courant qu’aujourd’hui ». Aussi, après bien des difficultés, il parvint à entendre cette voix qui l’étonna car elle lui arrivait « seule et sans l’accompagnement des traits de la figure. » À la suite de cette conversation, il décida de rentrer à Paris. Il voulut voir Saint-Loup, mais celui-ci passa dans un tilbury et, étant myope, répondit au salut du narrateur sans l’avoir, en fait, reconnu. Il partit tout de même, « car mon seul souci était de retourner auprès de ma grand’mère ». Il découvrit combien la maladie l’avait changée.

Mme de Guermantes ne donna pas suite à la demande que lui avait certainement faite Saint-Loup. Jupien aussi montra de la froideur au narrateur. « Cependant l’hiver finissait », et Mme de Guermantes « avait des robes plus légères ». Le narrateur ajournait sans cesse ses projets de travail. Son père rencontra M. de Guermantes qui lui parla de Mme de Villeparisis (il prononçait « Viparisi »), lui disant qu’« elle tenait un ‘’bureau d’esprit’’ ». Il aurait voulu aussi que M. de Norpois l’aidât à se présenter à l’Institut. Lui, « ami de M. Méline, qui était convaincu de la culpabilité de Dreyfus », rencontra aussi Mme Sazerat qui, « seule de son espèce à Combray était dreyfusarde ».

Saint-Loup étant venu à Paris, le narrateur vint le retrouver, vêtu d’une redingote. Or il rencontra M. Legrandin qui lui reprocha d’« être un mondain », de « fréquenter la société des châteaux », ajoutant « tel est le vice de la bourgeoisie contemporaine ». Saint-Loup le conduisit en banlieue où habitait sa maîtresse. Il s’émerveilla de voir « chaque jardinet pavoisé par les immenses reposoirs blancs des arbres fruitiers en fleurs. », les parcs « qui furent les ‘’folies’’ des intendants et des favorites ». Ils arrivèrent dans « un village ancien ». En « cette femme qui était pour Saint-Loup tout l’amour, toutes les douceurs possibles de la vie, dont la personnalité, mystérieusement enfermée comme dans un Tabernacle, était l’objet sur lequel travaillait sans cesse l’imagination de mon ami », le narrateur reconnut «Rachel quand du Seigneur», pour lui « une femme quelconque qui pour vingt francs ferait tout ce que je voudrais » ! Il s’étonna alors de « la puissance de l’imagination humaine, l’illusion sur laquelle reposaient les douleurs de l’amour ». Rachel « fut reconnue et interpellée par de vulgaires ‘’poules’’ comme elle était », qui « s’apprêtaient à lui présenter deux ‘’calicots’’, leurs amants » quand elles virent qu’elle était avec le narrateur et Saint-Loup, qui put alors regretter d’avoir à continuer de « l’entretenir fastueusement » au point de se ruiner. Au restaurant, cette « littéraire » « ne s’interrompit de parler livres, art nouveau, tolstoïsme » au narrateur « que pour faire des reproches à Saint-Loup qu’il bût trop de vin », se moquer de sa famille, exciter sa jalousie en regardant avec insistance le maître d’hôtel, cet Aimé qui en était déjà un à Balbec. À part la Berma, « elle parlait des artistes les plus connus sur un ton d’ironie et de supériorité » qui irritait le narrateur. Pourtant, une heure plus tard, au théâtre, elle montra « beaucoup de déférence envers les mêmes artistes sur lesquels elle portait un jugement si sévère ». Robert ayant trop bu, se retira dans un cabinet particulier où le narrateur eut la surprise de trouver « sa maîtresse étendue sur un sofa, riant sous les baisers, les caresses que lui prodiguait » (II, page 170) celui qui lui parut « hideux, inconnu » (II, page 171).

Au théâtre, il observa que la cruelle Rachel avait formé un complot pour décontenancer une chanteuse débutante. Puis, dans une petite pièce, elle joua « un rôle presque de simple figurante » mais la scène la transformait en « une autre femme », celle qui avait séduit Saint-Loup. Après la représentation, les deux hommes passèrent sur le plateau. Le narrateur fut « charmé » par un danseur qui, continuant à danser, lui parut « un papillon égaré dans la foule ». Mais Saint-Loup « s’imagina que sa maîtresse faisait attention à ce danseur », se montra jaloux, voulant qu’elle allât s’habiller, d’où une scène entre eux, et un journaliste présent osant s’entremettre, « une gifle retentissante sur sa joue ». Plus tard, dans la rue, il administra « une roulée » à un homme qui, voyant « le beau militaire », « lui avait fait des propositions. ».



En quittant Saint-Loup, le narrateur alla rendre une visite à Mme de Villeparisis qui l’avait invité à une de ses matinées. Elle « était une de ces femmes qui, nées dans une maison glorieuse, entrées par leur mariage dans une autre qui ne l’était pas moinsne jouissent pas cependant d’une grande situation mondaine ». Ce « déclassement » ne pouvait pas être dû à sa « liaison, depuis plus de vingt ans », avec M. de Norpois. Elle faisait preuve de pondération et de mesure. Elle avait de véritables « qualités artistiques », mais « ses Mémoires ne montraient qu’une sorte de grâce tout à fait mondaine ». Restant étrangère à l’affaire Dreyfus, alors « que le kaléidoscope social était en train de tourner et que les Juifs allaient être précipités au dernier rang de l’échelle sociale », à Bloch, « maintenant jeune auteur dramatique », elle demandait de lui « procurer à l’œil des artistes qui joueraient dans ses prochaines matinées ». Quand le narrateur entra, elle évoquait à Bloch la vie politique au temps de son enfance, essayant sur lui « à son insu le mécanisme et le sortilège » de ses Mémoires. Ne manquant pas d’esprit, à la question « Que pensez-vous de l’amour? » posée par « une dame prétentieuse », elle avait répondu : « L’amour? Je le fais souvent mais je n’en parle jamais. » Entra une vieille dame qui était avec elle et avec la princesse de Poix l’une de « ces trois Parques à cheveux blancs, bleus ou roses qui avaient filé le mauvais coton d’un nombre incalculable de messieurs. » À un un certain M. Pierre, historien de la Fronde, Mme de Villeparisis montra un « portrait de Ia duchesse de Montmorency » qui lui venait « de famille ». Entra la duchesse de Guermantes qui, l’historien et le narrateur s’inclinant « profondément », « profita de l’indépendance de son torse pour le jeter en avant avec une politesse exagérée et le ramener avec justesse sans que son visage et son regard eussent paru avoir remarqué qu’il y avait quelqu’un devant eux ; après avoir poussé un léger soupir, elle se contenta de manifester la nullité de l’impression que lui produisaient la vue de l’historien et la mienne en exécutant certains mouvements des ailes du nez avec une précision qui attestait l’inertie absolue de son attention désoeuvrée». Entra M. Legrandin qui allait prodiguer des flatteries à Mme de Villeparisis « avec un grand raffinement d’expression ». Le narrateur causa avec Bloch qui exposa sa « vie délicieuse », se déclara « infiniment heureux ». Mme de Guermantes se moqua cruellement de Mme de Cambremer dont on lui avait pourtant dit qu’elle était la sœur de Legrandin : elle lui trouvait « la même humilité de descente de lit et les mêmes ressources de bibliothèque tournante». Le narrateur put enfin aborder Legrandin pour lui tenir des propos badins que celui-ci considéra pourtant comme une preuve de sa méchanceté, « ses mouvements convulsifs de colère ou d’amabilité étant gouvernés par le désir d’avoir une bonne position » dans la société. Le narrateur considérait que le nom de Mme de Guermantes « ajoutait à sa personne physique son duché qui se projetait autour d’elle et faisait régner la fraîcheur ombreuse et dorée des bois de Guermantes au milieu du salon.». Entra « l’excellent écrivain G… » qui « venait faire à Mme de Villeparisis une visite qu’il considérait comme une corvée » ; aussi alla-t-il vers la duchesse qu’il considérait « comme une femme d’esprit » et qui, car « elle s’ennuyait auprès des femmes », recevait chez elle toute « une cour d’adorateurs », des hommes de talent auxquels cependant elle ne parlait « que des plats qu’on mangeait ou de la partie de cartes qu’on allait faire. » Le narrateur avait « peine à retrouver dans le beau visage, trop humain, de Mme de Guermantes l'inconnu de son nom». Bloch se ridiculisa en déclarant : « J’aime beaucoup les personnes extrêmement bien élevées sans se rendre compte, parce qu’il était lui-même très mal élevé, combien ses paroles déplaisaient. ». Entra M. de Norpois qui indiqua au narrateur que son père ne devait pas présenter sa candidature à l’Académie car il valait mieux que cela. Entra le duc de Guermantes auquel la duchesse parla de Rachel, s’interrogeant sur le mystère de l’amour. « Bloch, entendant que nous parlions de Saint-Loup, se mit à en dire un mal si épouvantable que tout le monde en fut révoltéIl commençait à avoir des haines, et on sentait que pour les assouvir il ne reculerait devant rien, ayant posé en principe qu’il avait une haute valeur morale». Puis la conversation glissa sur Swann et son amour pour Odette, sur Mme de Cambremer. M. de Norpois « parla à Bloch, avec beaucoup d’affabilité, des années affreuses, peut-être mortelles, que traversait la France», mais, en fait, il était antidreyfusard. La duchesse de Guermantes s’étonnait du fait que Saint-Loup, « partisan enragé de Dreyfus », voulût se présenter au Jockey Club où on soutenait « qu’il fallait renvoyer tous les juifs à Jérusalem », tandis que le duc affirmait n’avoir « aucun préjugé de races, je trouve que ce n’est pas de notre époque et j’ai la prétention de marcher avec mon temps. ». Bloch ayant continué à parler de l’affaire Dreyfus, Mme de Villeparisis « voulut lui signaler qu’il eût à ne pas revenir » et « trouva tout naturellement dans son répertoire mondain la scène par laquelle une grande dame met quelqu’un à la porte de chez elle » : « les adieux de Bloch, déplissant à peine dans la figure de la marquise un languissant sourire, ne lui arrachèrent pas une parole, et elle ne lui tendit pas la main. ». Entra la vicomtesse de Marsantes, la mère de Robert de Saint-Loup, qui « était considérée dans le faubourg Saint-Germain comme un être supérieur, d’une bonté, d’une résignation angéliques. » Mme de Villeparisis annonça à la duchesse de Guermantes qu’elle allait recevoir Mme Swann dont on apprend que, « voyant les proportions que prenait l’affaire Dreyfus et craignant que les origines de son mari ne se tournassent contre elle, l’avait supplié de ne plus jamais parler de l’innocence du condamné » ; qu’elle « faisait profession du nationalisme le plus ardent, ne faisant en cela que suivre Mme Verdurin chez qui un antisémitisme bourgeois et latent s’était réveillé et avait atteint une véritable exaspération» ; cela lui avait permis de « nouer des relations avec plusieurs personnes de l’aristocratie ». Entra Saint-Loup qui parla à Mme de Guermantes qui alors s’adressa avec amabilité au narrateur, « laissant pleuvoir sur moi la lumière de son regard bleu, hésita un instant, déplia et tendit la tige de son bras, pencha en avant son corps qui se redressa rapidement en arrière », la conversation avec celui qui habitait à côté de chez elle étant cependant alimentée par le militaire. Entra le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen dont le nom rappela au narrateur un séjour qu’il fit dans son enfance dans « une petite ville d’eaux allemande » tandis qu’il s’amusa de son « Ponchour, Matame la marquise ». Le prince voulait entrer à l’Institut, « être élu membre correspondant de l’Académie des Sciences morales et politiques » et venait solliciter l’appui de M. de Norpois. Mme de Guermantes s’esquiva « sans me dire adieu » constata le narrateur car « elle venait d’apercevoir Mme Swann, qui parut assez gênée de me rencontrer». Saint-Loup refusa de lui être présenté : « C’est une ancienne grue. Son mari est juif et elle nous le fait au nationalisme. » Alors que Saint-Loup remarquait l’entrée de son « oncle Palamède », le baron de Charlus, le narrateur se lance dans un retour en arrière : sa rencontre avec « un beau garçon de dix-huit ans », Charles Morel, le fils « de l’ancien valet de chambre » de son oncle Adolphe, qui lui apportait « des photographies des artistes célèbres, des grandes cocottes » que ce « viveur » avait connues ; le narrateur se rendit compte qu’il était « très ‘’arriviste’’ » et qu’il avait un œil sur la fille de Jupien auquel il demanda à être présenté ; parmi les photos, il y en avait une d’Odette qui « déjeunait chez votre oncle le dernier jour que vous l’avez vu. » De retour dans le salon, on y voit « M. de Charlus assis à côté de Mme Swann » car, « dans toutes les réunions où il se trouvait, dédaigneux avec les hommes, courtisé par les femmes, il avait vite fait d’aller faire corps avec la plus élégante, de la toilette de laquelle il se sentait empanaché. » « Mme de Villeparisis n’était qu’à demi-contente d’avoir sa visite » car sa conduite avec elle était étrange : il pouvait, pour des broutilles, se montrer soupçonneux et même hostile, puis lui demandait pardon. Et il empêcha le narrateur de le saluer, mais Mme Swann le fit venir près d’elle pour lui apprendre que M. de Norpois le considérait comme « un flatteur à moitié hystérique », d’où sa « stupéfaction ». Aussi médita-t-il sur le fait que « l'image que les autres se font de nos faitss et gestes ne ressemble pas à celle que nous nous en faisons nous-même. » Il voulut parler à Odette de la duchesse de Guermantes, mais « comme la duchesse ne la saluait pas, elle voulait avoir l’air de la considérer comme une personne sans intérêt.» Il proposa à Saint-Loup un dîner le lendemain, et Saint-Loup voulut que Bloch y fût invité. Le narrateur était déçu de sentir que la duchesse lui était hostile. Il remarqua la « sorte de colère qui semblait s’être élevée » en Saint-Loup. M. de Charlus lui fit, « sans [l]e regarder », l’invitation de venir le voir. Comme l’aristocrate avait pris un chapeau « au fond duquel il y avait un G et une couronne ducale », il crut à une erreur et la lui signala, apprenant alors qu’il était lui aussi un Guermantes, le frère du duc de Guermantes. Charlus lui reprocha le repas « avec une femme qui déshonore », Rachel. Saint-Loup s’en voulait de lui avoir acheté un collier de prix, ce qui avait pu lui faire croire « qu’on pouvait la tenir par l’argent ». Pour aller l’offrir à cette femme qu’il ne connaissait pas (car « c’est une charmante loi de nature qu’on vive dans l’ignorance parfaite de ce qu’on aime »), il quitta sa mère qui lui fit de tendres reproches. Le narrateur resta avec elle, attendant en fait M. de Charlus pour partir avec lui, ce que Mme de Villeparisis voulut l'empêcher de faire. M. de Guermantes était à côté d’elle, « superbe et olympien » comme si « la notion omniprésente en tous ses membres de ses grandes richesses […] donnait une densité extraordinaire à cet homme qui valait si cher. » Dans l’escalier, M. de Charlus le rattrapa, marcha avec lui en le prenant par le bras, lui dit qu’il l’avait méprisé à Balbec mais qu’il le considérait comme « assez intelligent » puisqu’il « appartenait à la petite bourgeoisie » qui lit, tandis que lui était de ces grands et puissants Guermantes, qu’il avait aussi « un trésor d’expérience, une sorte de dossier secret et inestimable, que je n’ai pas cru devoir utiliser pour moi-même, mais qui serait sans prix pour un jeune homme», s'offrant donc à diriger sa vie. Il lui posa aussi des questions sur ses relations avec Bloch, lui disant : « ‘’Vous n’avez pas tort, si vous voulez vous instruire, d’avoir parmi vos amis quelques étrangers.’’ Je répondis que Bloch était français. ‘’Ah ! dit M. de Charlus, j’avais cru qu’il était juif.’’ » Aussi était-il tout à fait antidreyfusard, tenant des « mots affreux et presque fous. » Revenant à ses projets sur le narrateur, il lui révéla qu’« il existe entre certains hommes une franc-maçonnerie dont je ne puis vous parler», qu’il voulait « chercher à racheter les fautes de ma vie en faisant profiter de ce que je sais une âme encore vierge et capable d’être enflammée par la vertu », terminant par : « Il faudrait que je vous visse souvent, très souvent, chaque jour. » M. de Charlus retira son bras quand il aperçut M. d’Argencourt qui jeta sur le narrateur « un regard de méfiance, presque ce regard destiné à un autre race que Mme de Guermantes avait eu pour Bloch. » Le narrateur entraînant d’ailleurs Charlus à parler d’elle, l’entendit lui dire qu’elle « est une personne agréable qui s’imagine être encore au temps des romans de Balzac où les femmes influaient sur la politique. Sa fréquentation ne pourrait actuellement exercer sur vous qu’une action fâcheuse, comme d’ailleurs toute fréquentation mondaine. » Son « catéchumène » une fois devenu « un homme arrivé », il lui ouvrirait l’hôtel Guermantes. Mais « actuellement, en allant dans le monde, vous ne feriez que nuire à votre situation, déformer votre intelligence et votre caractère. Du reste, il faudrait surveiller même et surtout vos camaderies. Ayez des maîtresses si votre famille n’y voit pas d’inconvénient». Et, soudain, il arrêta un fiacre. Rentré à la maison, le narrateur surprit « une dispute entre notre maître d’hôtel, qui était dreyfusard, et celui des Guermantes, qui était antidreyfusard» et fit des commentaires sur l’affaire, jugeant les manœuvres de M. Reinach pour se demander si « ce rationaliste manoeuvreur de foules n’était pas lui-même manœuvré par son ascendance. » Sa grand-mère, à laquelle il avait toujours été très attaché, était souffrante. Cottard avait été appelé et avait recommandé un régime qui depuis a été condamné, « la médecine étant un compendium des erreurs successives et contradictoires des médecins » et « croire en elle étant la suprême folie». Un thermomètre permit de constater qu’elle avait de la fièvre. On fit venir le docteur du Boulbon qui entretint d’abord la malade de Bergotte puis prétendit que sa maladie était purement nerveuse. Comme il lui prescrivit de sortir, le narrateur fit avec elle une promenade sur les Champs-Élysées, retrouvant au pavillon des commodités la « marquise» qui percevait les entrées, écoutant sa conversation avec le garde. Pendant ce temps, sa grand-mère eut « une petite attaque ».

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II

(1921)
Chapitre I


Le narrateur fit asseoir sa grand-mère et alla chercher un fiacre. « Elle n’était pas morte encore. J’étais déjà seul. » Il rencontra « le fameux professeur E..., presque ami de mon père et de mon grand-père », qui, non sans réticence, l’examina pour dire au narrateur : « Votre grand'mère est perdue». Ils revinrent à la maison où sa fille, Françoise et Cottard s’occupèrent d’elle qui faisait « une crise d’urémie », ses douleurs devenant intolérables. On fit appel à un spécialiste. Mais elle refusa de se laisser examiner. Ses sœurs, prévenues par dépêche, restèrent à Combray, tandis que Bergotte, lui-même malade, lui rendit visite. Son œuvre « avait pris dans le grand public une extraordinaire puissance d’expansion », mais le narrateur ne l’admirait plus autant, sa « limpidité lui paraissant de l’insuffisance ». Le temps change la perception qu’on a de l'œuvre d'art. Un autre écrivain avait pour lui remplacé Bergotte. Vinrent aussi Mme Cottard et le grand-duc héritier de Luxembourg. Françoise, avec « sa clairvoyance et son pessimisme », jugeait la grand-mère « perdue », mais elle voulut lui mettre des ventouses « clarifiées » (pour « scarifiées »). Cependant, Cottard préféra des sangsues. Le duc de Guermantes vint aussi « en signe de sympathie serrer la main à Monsieur votre père », recommanda le docteur Dieulafoy, voulut être présenté à la mère du narrateur qui était trop submergée par la douleur pour lui répondre. Aussi, étant « de ces hommes incapables de se mettre à la place des autres », fut-il heureux de rencontrer Saint-Loup et de partir avec lui. Vint aussi un beau-frère de la grand-mère qui était religieux et avait obtenu, « par faveur exceptionnelle », une permission du chef de son ordre ; il espionna le narrateur « pour observer si ma douleur était sincère ». « Le médecin fit une piqûre de morphine et pour rendre la respiration moins pénible demanda des ballons d'oxygène ». La grand-mère était veillée par le père du narrateur, son grand-père et un cousin qui était toujours « assidu auprès des mourants ». Vint le professeur Dieulafoy qui n’observa la malade que quelques instants, « dit à voix basse quelques mots à mon père » et prit « le cachet qu’on lui remit » avec « la souplesse d’un prestidigitateur ». Dès qu’il s’éloigna, « ma grand’mère était morte. »

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Chapitre II
« Un dimanche d’automne » où régnait la brume, le narrateur observa qu’« un changement de temps suffit à recréer le monde et nous-mêmes. » Le bruit que faisait « le nouveau calorifère à eau » lui rappelait des « souvenirs de Doncières ». Il avait reçu une lettre de Saint-Loup qui avait rompu avec Rachel et « avait été envoyé au Maroc pour oublier celle qu’il n’aimait déjà plus depuis quelque temps » : il annonçait qu’il allait venir en France « pour un congé très court » et lui apprenait qu’il avait rencontré à Tanger Mme de Stermaria qui « avait divorcé après trois mois de mariage ». Le narrateur put lire entre les lignes et comprendre ce qui s’était passé entre Saint-Loup et Rachel : elle « avait persuadé à son amant que j’avais fait de sournoises tentatives pour avoir, pendant qu’il était absent, des relations avec elle. » Alors qu’il attendait une visite de Mme de Stermaria, ce fut Albertine qui entra, « souriante, silencieuse, replète, contenant dans la plénitude de son corps, préparés pour que je continuasse à les vivre, venus vers moi, les jours passés dans ce Balbec où je n’étais jamais retourné. » Il se dit qu’il aurait dû « avoir simplement [s]a collection de femmes » plutôt que se consacrer à une seule. Il observa que, chez Albertine, « son intelligence se montrait mieux » tout en restant « pas développée », et qu’apparaissaient « certains mots qui ne faisaient pas partie de son vocabulaire ». Il lui parla d’un duel qu’il avait eu. Il constata : « Non seulement, je n’avais plus d’amour pour elle, mais je n’avais même plus à craindre, comme j’aurais pu à Balbec, de briser en elle une amitié pour moi qui n’existait plus. » Il n’arrivait pas à retrouver en elle le mystère qu’elle avait pour lui sur la plage. Cependant, comme il se prétendit « pas chatouilleux », elle voulut le mettre à l’épreuve, et, à ce moment-là, entra Françoise qui, tenant une lampe au-dessus d’eux « avait l’air de la ‘’Justice éclairant le Crime’’ » et demanda : « Faut-il que j’éteinde? » La servante partie, il feignit avoir envie d’embrasser la jeune fille et elle l’y invita, mais il se plut plutôt à se souvenir des images successives d'elle qu’il avait en mémoire. Il lui déclara : « Si vraiment vous permettez que je vous embrasse, j’aimerais mieux remettre cela à plus tard et bien choisir mon moment. » Il lui donna tout de même un baiser, et elle accorda « aisément à mon désir momentané et purement physique ce qu’à Balbec elle avait avec horreur refusé à mon amour », c’est-à-dire d’autres baisers. Comme elle était « de bonne volonté docile, de simplicité presque puérile, effaçant d’elle toutes préoccupations, toutes prétentions habituelles, le moment qui précède le plaisir, pareil en cela à celui qui suit la mort, avait rendu à ses traits rajeunis comme l’innocence du premier âge. » Elle lui demanda : « Quand est-ce que je vous revois? » alors qu’il voulait « tout subordonner à la possibilité de voir Mme de Stermaria » car telle « est la terrible tromperie de l’amour ». Or, Albertine partie, une lettre de Mme de Stermaria lui fut apportée par Françoise : « elle acceptait à dîner pour mercredi ». Il arriva en retard chez Mme de Villeparisis, mais put voir « déboucher, majestueuse, ample et haute dans une longue robe de satin jaune à laquelle étaient attachés en relief d’énormes pavots noirs, la duchesse. » Mais « sa vue ne me causait plus aucun trouble », sa mère l’ayant guéri de son amour pour Mme de Guermantes en lui disant : « Tu as vraiment des choses plus sérieuses que de te poster sur le chemin d’une femme qui se moque de toi ». Reprenant ses sorties du matin dans le quartier, il remarqua le manège d'une «grande femme» qui semblait lui faire des avances, mais qui « reprenait un air glacial à mon égard si elle rencontrait quelqu’un qu’elle connût » et dont il allait apprendre plus tard qu’elle était la princesse d’Orvillers. Au cours de la soirée chez Mme de Villeparisis, alors qu’il se montrait indifférent, Mme de Guermantes tint à avoir une conversation avec lui, l'invita à dîner et lui parla de son beau-frère, le baron de Charlus, dont elle ne put croire qu’il le connut. Il médita sur le changement qui s’était opéré en elle à son égard et en lui au sien. Bloch lui ayant parlé de « l’air d’amabilité » à son égard de M. de Charlus, le narrateur voulut le lui présenter, mais, « dès qu’il l’aperçut, un étonnement aussitôt réprimé se peignit sur sa figure où il fut remplacé par une étincelante fureur. » Le narrateur confie : « Les jours qui précédèrent mon dîner avec Mme de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. […] Ce qu’il me fallait, c’était la posséder dans l’île du Bois de Boulogne où je l’avais invitée à dîner», cet endroit lui ayant « semblé fait pour le plaisir parce que je m’étais trouvé aller y goûter la tristesse de n’en avoir aucun à y abriter. » Or, le mardi, survint Albertine à qui il demanda de l'« accompagner jusqu’à l'île pour m’aider à faire le menu ». Le lendemain, ayant envoyé une voiture pour Mme de Stermaria, il vit revenir le cocher avec une lettre où elle se décommandait. « Je restai immobile, étourdi par le choc que j’avais reçu […] Mes rêves de jeune vierge féodale dans une île brumeuse avaient frayé le chemin à un amour encore inexistant. Maintenant, ma déception, ma colère, mon désir de ressaisir celle qui venait de se refuser, pouvaient, en mettant ma sensibilité de la partie, fixer l’amour possible que jusque-là mon imagination seule m’avait, mais plus mollement, offert. » Et il resta à sangloter sur des tapis enroulés quand survint Saint-Loup. Il rappelle son mépris pour l'amitié mais admet cependant : « Il n’est breuvage si funeste qui ne puisse à certaines heures devenir précieux et réconfortant en nous apportant le coup de fouet nécessaire, la chaleur que nous ne pouvons pas trouver en nous-même » car, « Saint-Loup entrant, ce fut comme une arrivée de bonté, de gaieté, de vie » (II, page 395). En descendant l’escalier avec lui, lui revinrent des souvenirs de Doncières. Mais, à l’extérieur, saisi par la nuit et le brouillard, il eut des souvenirs de Combray. Saint-Loup lui indiqua : « J’ai raconté à Bloch que tu ne l’aimais pas du tout tant que ça, que tu lui trouvais des vulgarités», le laissant « stupéfait ». Mais ils arrivèrent au restaurant qui était fréquenté par « une petite coterie qui s’y retrouvait pour tâcher de perpétuer, d’approfondir, les émotions fugitives du procès Zola […] Mais elle y était mal vue des jeunes nobles qui formaient l’autre partie de la clientèle […] Ils considéraient Dreyfus et ses partisans comme des traîtres. » Entré seul, le narrateur alla s’asseoir dans « la salle réservée à l’aristocratie », où les jeunes nobles que menait le prince de Foix racontaient comment ils allaient à la chasse au « gros sac», c’est-à-dire au riche mariage. Le prince de Foix appartenait aussi à « un groupe, plus fermé et inséparable », qu’on appelait « les quatre gigolos » et dont était aussi Saint-Loup. Or, le patron ayant fait passer le narrateur dans la salle « réservée aux Hébreux », Saint-Loup, qui, lui, était « un pur Français », le fit revenir dans la première salle où, pour rejoindre sa table, il exécuta un véritable « exercice de voltige ». Il lui annonça que M. de Charlus voulait lui parler le lendemain soir. Or le narrateur devait aller chez la duchesse de Guermantes, à ce que Saint-Loup appelait « un gueuleton à tout casser » ; il irait donc voir Charlus après. Ils parlèrent du Maroc et des menaces de guerre que faisait peser l’Allemagne. Arrivant chez les Guermantes, le narrateur se demandait s’il allait voir le duc car couraient des rumeurs de divorce. Mais, « mauvais mari pour la duchesse en tant qu’il avait des maîtresses mais compère à toute épreuve en ce qui touchait le bon fonctionnement de son salon », il l’accueillit, le débarrassa de ce qu’il appelait « ses frusques » et le guida dans les salons où il put voir la galerie des Elstir devant lesquels il tomba en extase car ils étaient, pour lui, « comme les images lumineuses d’une lanterne magique laquelle eût été, dans le cas présent, la tête de l’artiste », au point qu’il en oublia l’heure. Mais la politesse mondaine voulait que nul n’ait l’air d’avoir attendu quand il revint au salon. Le duc le présenta à toute la société, très choisie. Il y avait notamment la princesse de Parme. Il se vit entouré de « filles fleurs » « entièrement décolletées » qui coulèrent vers lui « de longs regards caressants comme si la timidité seule les eût empêchées de m’embrassser ». Le duc le conduisit vers la princesse de Parme qu’il avait imaginée en fonction du nom de la ville et de Stendhal alors qu’elle était tout à fait quelconque. Il satisfit la curiosité du comte Hannibal de Bréauté-Consalvi qui était intrigué par sa présence en ces lieux. Il serra la main du duc de Châtellerault, dit bonjour au prince de Foix, laissa ses « phalanges s’engager dans l’étau qu’était une poignée de main à l’allemande » donnée par le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen, demanda au duc de le présenter au prince d’Agrigente. Enfin, « les portes de la salle à manger s’ouvrirent à deux battants », l’ordre de servir fut donné par « un mouvement assez gauche et timoré » du duc, et la duchesse le fit la conduire à table. On servit. Le narrateur analyse alors longuement le « Génie de la famille » des Guermantes que ne possèdent pas du tout les Courvoisier, « partie adverse de la famille », s’étend sur les réceptions de la princesse de Parme pour revenir au salon Guermantes où, si son fond était formé d’« hommes distingués », « la plus rare floraison de mondanité y avait pris naissance » et y était privilégié sur l’intelligence l’esprit. Ainsi la duchesse aimait se livrer à des « charges», imitant le duc de Limoges, appelant Charlus « Taquin le Superbe». Aussi se disait-on dans les salons : « Vous savez la dernière d'Oriane? » Mais elle recevait aussi « une ou deux très belles femmes qui n’avaient de titre à être là que leur beauté », « belles figurantes » qui avaient été les maîtresses de Basin qui « avait le goût des femmes grandes, à la fois majestueuses et désinvoltes. » En public, il montrait beaucoup d’attention, mais en fait « il manquait vis-à-vis de sa femme de ce qu’on appelle ‘’les formes’’ ». Au cours du repas, la conversation porta un moment sur les domestiques, et l’un des convives décréta : « Avec eux, il faut être bon, mais pas trop bon. » On fit différentes médisances, on revint sur « Taquin le Superbe », on invita le narrateur dans un château où il trouverait « des correspondances extrêmement curieuses entre tous les gens les plus marquants des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles». « La dame d’honneur de la princesse de Parme » voulut absolument qu’il fût « parent de l’amiral Jurien de la Gravière ». On parla de la pièce, ‘’la Fille de Roland’’ d’un certain Bornier, de Victor Hugo, de Zola, d’Elstir, de Bloch, de Charlus, de Saint-Loup. Celui-ci n’aurait pas rompu avec Rachel, et c’était la raison pour laquelle il ne voulait pas retourner au Maroc où il était à un poste dangereux. Le narrateur, regardant la duchesse, se dit que « dans ces yeux et dans cette voix je retrouvais beaucoup de la nature de Combray » car elle avait « choisi pour la plupart des mots la prononciation qui lui semblait le plus Île-de-France, le plus champenoise », et cela le consolait de sa déception de son entrée dans le faubourg Saint-Germain. « Restée fermée à toutes les nouveautés », elle usait du « français exquis d’Henri IV ». Il « avait cherché en elle le charme du nom de Guermantes » et y avait trouvé un petit peu « un reste provincialNos relations étaient fondées sur un malentendu […] malentendu si naturel et qui existera toujours entre un jeune homme rêveur et une femme du monde ».

Le narrateur se rengorge : « Je ne devais plus cesser par la suite d’être continuellement invité, fût-ce avec quelques personnes seulement à ces repas dont je m’étais autrefois figuré les convives comme les Apôtres de la Sainte-Chapelle. » Après le repas, on but une orangeade rituelle ; mais il obtint qu’elle fût remplacée pour lui par du « jus de cerise cuite », mécontent cependant de ce que le prince d’Agrigente lui en prît un peu ! « Mme de Guermantes lançait parfois des réflexions sur l’affaire Dreyfus, sur la République, sur les lois antireligieuses. » Elle refusa qu’on intervînt en faveur de Saint-Loup qui voulait changer de poste. Elle s’intéressait à la botanique à laquelle l’y avait initiée Swann. En matière de meubles, elle aimait le style Empire, même si elle était « mal assise sur ces sièges d’acajou recouverts de velours grenat ou de soie verte. » Elle se prétendait capable d’apprécier les choses nouvelles qui ne le seraient par les autres que quarante ans plus tard, idée que le narrateur lui avait soufflée ; il en aurait été ainsi pour l’’’Olympia’’ de Manet. Elle critiqua le prince de Guermantes qui « se réfère tout le temps à ce qu’on aurait pensé sous Philippe le Hardi ou sous Louis le Gros » et qui « écarte les paysans d’un air bonasse, avec sa canne, en disant : ‘’Allez, manants !’’ ». Et renchérit le duc « qui se croyait extrêmement moderne, contempteur plus que quiconque de la naissance, et même républicain ». Le narrateur se rendit compte qu’il voyait alors le duc et la duchesse « retirés de ce nom de Guermantes dans lequel, jadis, je les imaginais menant une inconcevable vie » comme « pareils aux autres hommes et aux autres femmes ». Il fut ensuite question de l’intelligence et du goût de l’empereur Guillaume, de la valeur militaire des Anglais qui, pour le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen, avaient été battus en Afrique du Sud par « un paysan », de M. de Norpois dont le narrateur se méfiait mais dont on lui dit qu’il avait voulu lui « faire donner au ministère une situation charmante », enfin de généalogies, ce qui amena la duchesse à s’en excuser auprès du narrateur, alors que cela avait sauvé sa soirée « d'une déception complète » et rendu « tout à coup aux amis de M. et Mme de Guermantes leur poésie perdue » car les nobles sont « les étymologistes de la langue », leurs noms sont des reliques. Mais il constatait : « Ma curiosité historique était faible en comparaison du plaisir esthétique ». Il aurait voulu se retirer pour que puisse se poursuivre « la vie mystérieuse du faubourg Saint-Germain ». Mais le duc et la duchesse le retenaient. À la fin, plus d’une de « ces filles fleurs » qui étaient l’ornement de la soirée vint l’assurer du « plaisir intense qu’elles avait eu à me connaître », et les Guermantes usèrent d’« un luxe de paroles charmantes », de « toute une élégance verbale ». Il fut honteux en mettant ses « snow-boots », mais ils furent admirés par la princesse de Parme. Dehors, il ressentit « une exaltation n’aboutissant qu’à la mélancolie, parce qu’elle était artificielle». Il se rendit chez M. de Charlus où il dut attendre longtemps dans un salon avant qu’il l’accueillît « en robe de chambre chinoise, le cou nu, étendu sur un canapé », fixant sur lui « des yeux implacables », ne répondant pas à son salut, montrant une « colère froide », lui signifiant qu’il avait « subi sans succès » « l’épreuve de la trop grande amabilité », l’accusant d’« inventions calomnieuses», se plaignant qu’il ait « laissé sans réponse la proposition » qu’il lui avait faite et, « avec vraiment des pleurs dans sa voix », qu’il n’ait pas eu de considération pour son âge, lui révélant : « J’avais conçu pour vous des choses infiniment séduisantes que je m’étais bien gardé de vous dire », lui retirant sa sympathie. Le narrateur sentit monter « une rage folle » qui lui fit piétiner et disloquer « le chapeau haut de forme », et sortir, pour découvrir, près de la porte, des valets de pied, présence à laquelle il trouva trois raisons : « L’une que le baron recevait quelquefois des hôtes contre lesquels pouvant avoir besoin d’aide (mais pourquoi?) il jugeait nécessaire d’avoir un poste de secours voisin ; l’autre, qu’attirés par la curiosité, ils s’étaient mis aux écoutes, ne pensant pas que je sortirais si vite ; la troisième, que toute la scène que m’avait faite M. de Charlus étant préparée et jouée, il leur avait lui-même demandé d’écouter, par amour du spectacle. » Le baron le rattrapa dans le vestibule où le narrateur demanda qu’il lui indiquât qui l’avait « perfidement calomnié ». L’autre s’y refusa et déclara : « Je ne vous aime plus ». Comme il le faisait partir et qu’ils traversaient « le grand salon verdâtre », le narrateur le calma en lui disant qu’il le trouvait beau, ce qui fit que le propriétaire se plut à énumérer ces beautés. Constater que le jeune homme ne savait pas se raser fut le prétexte pour qu’il lui prit « le menton entre deux doigts pour ainsi dire magnétisés, qui, après avoir résisté un instant, remontèrent jusqu’à mes oreilles » et qu’il se plaignît : « Ah ! ce serait agréable de regarder ce ‘’clair de lune bleu’’ au Bois avec quelqu’un comme vous […] car vous êtes gentil tout de même, vous pourriez l’être plus que personne». Puis, ayant statué : « Nous devons nous quitter pour toujours », il déclara cependant avoir oublié de lui donner « une édition curieuse de Mme de Sévigné », ce qui entraînerait une autre visite. Tandis qu’il était raccompagné en voiture, le narrateur lui posa des questions sur l’aristocratie, ce qui permit au baron de répéter que « sans moi et mon Sésame » l’accès lui en serait interdit pour enfin sermonner : « Que l’exemple actuel vous serve d’enseignement. Ne le négligez pas. Une sympathie est toujours précieuse. » Rentré chez ses parents, le narrateur vit ouverte sur son bureau et lut une lettre du jeune valet de pied, qui était l’ami de Françoise, à son cousin, lettre qui est reproduite avec ses fautes d’orthographe et de syntaxe.

Le narrateur repensa à M. de Charlus qui « ne faisait rien, n’écrivait pas, ne peignait pas, ne lisait même rien d’une manière sérieuse et approfondie », se nourrissait seulement « de ses haines féroces et de ses dévotes sympathies - les haines dirigées surtout contre les jeunes gens, l’adoration excitée principalement par certaines femmes. » Il reçut une invitation de la princesse de Guermantes, et de nouveau son imagination s’enflamma car « parmi les traits particuliers à son salon, le plus habituellement cité était un exclusivisme dû en partie à la naissance royale de la princesse, et surtout le rigorisme presque fossile des préjugés aristocratiques du prince. » Il médita sur la diversité des gens du monde malgré leur apparente et monotone insignifiance. Avant d’aller chez la princesse, n’étant pas sûr qu’elle l’« avait réellement invité », il voulut faire une visite au duc et à la duchesse et épia leur retour. « Or cette attente sur l’escalier devait avoir pour moi des conséquences si considérables […] qu’il est préférable d’en retarder le récit de quelques instants, en le faisant précéder d’abord par celui de ma visite aux Guermantes quand je sus qu’ils étaient rentrés. » Il fut reçu par le duc, la duchesse s’habillant car ils s’apprêtaient à aller chez Mme de Saint-Euverte. Mais survinrent « quelques parentes ou amies ». Enfin, il put lui demander « si sa cousine m’avait réellement invité », mais lui recommanda de n’en point parler à la duchesse. Le duc lui montra un tableau qu’on lui avait vendu pour un Philippe de Champagne mais dont il croyait que c’était un Vélasquez. Survint Swann que le narrateur trouva « très changé parce qu’il était très souffrant». « Serré dans une redingote gris perle, qui faisait valoir sa haute taille, svelte, ganté de gants blancs rayés de noir, il portait un tube gris d’une forme évasée. » Il lui fit « un salut tout rempli d’une amabilité réelle, d’une grâce véritable ». Il trouva le tableau affreux. Il causa avec le narrateur de l’affaire Dreyfus et lui déclara que tous les Guermantes étaient antidreyfusards « d’abord parce qu’au fond tous ces gens-là sont antisémites […] Tous ces gens-là sont d’une autre race, on n’a pas impunément mille ans de féodalité dans le sang. » Pour le narrateur, « le dreyfusisme faisait rentrer Swann dans la voie par laquelle étaient venus les siens et d’où l’avaient dévié ses fréquentations aristocratiques. » Swann lui apprit que Saint-Loup était entré « au Jockey malgré l’Affaire ». Revint le duc avec la duchesse « haute et superbe dans une robe de satin rouge dont la jupe était bordée de paillettes. Elle avait dans les cheveux une grande plume d’autruche teinte de pourpre et sur les épaules une écharpe de tulle du même rouge. » Swann voulait leur montrer une immense photographie des monnaies de l’Ordre de Malte ; comme le duc allégua qu’ils étaient pressés, la duchesse voulait qu’on la plaçât dans sa chambre, et, comme il répondit : « Ah ! tant que vous voudrez, si elle est dans votre chambre, j’ai la chance de ne la voir jamais, sans penser à la révélation qu’il faisait aussi étourdiment sur le caractère négatif de ses rapports conjugaux. » Swann leur annonça qu’il n’irait pas en Italie avec eux car « je serai mort depuis plusieurs mois ». « Placée pour la première fois de sa vie entre deux devoirs aussi différents que monter dans sa voiture pour aller dîner en ville, et témoigner de la pitié à un homme qui va mourir, elle ne voyait rien dans le code des convenances qui indiquât la jurisprudence à suivre [...] et pensa que la meilleure manière de résoudre le conflit était de le nier‘’Vous voulez plaisanter?’’ dit-elle à Swann.» Mais le duc fit cesser ces « jérémiades », signala à sa femme : « Vous ne pouvez pas aller avec une robe rouge et des souliers noirs. » et à Swann « cria à la cantonade et d’une voix de stentor : ‘Et puis vous, ne vous laissez pas frapper par ces bêtises des médecins, que diable ! Ce sont des ânes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous enterrerez tous ! »

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